Moody's a bouclé, le 21 août 2026, son examen périodique de la notation du Cameroun, à l'issue d'un comité tenu le 13 août. Aucun changement n'est intervenu. Le pays reste noté Caa1, avec une perspective stable. Derrière cette stabilité, l'agence met toutefois en évidence trois fragilités majeures qui concernent le niveau de la dette, l'accès à la liquidité et l'accumulation des arriérés.
La saturation du marché régional complique les conditions de financement du Cameroun. Le pays reste néanmoins en mesure de refinancer ses échéances arrivant à maturité. Environ la moitié des besoins de financement de 2026, évalués par Moody's à 10 % du PIB, avait été mobilisée à fin juin. Cette mobilisation s'est toutefois faite à un coût élevé, en raison du recours important aux financements commerciaux. Moody's prévoit que la dette publique atteindra 45 % du PIB après la prise en charge par l'État des engagements de la société nationale d'électricité.
L'agence attribue au Cameroun un score de " ba1 " pour sa solidité budgétaire. Cette appréciation repose sur un niveau d'endettement encore jugé modéré, mais aussi sur une faible capacité de mobilisation des recettes et sur l'exposition de l'État aux risques liés aux entreprises publiques financièrement fragiles.
Les arriérés, un risque budgétaire qui persiste
Au-delà du niveau de la dette, la capacité du Trésor à faire face à ses obligations constitue un point de vigilance. Moody's estime que la faiblesse persistante de la liquidité et les insuffisances dans la gestion des finances publiques pourraient favoriser l'accumulation de nouveaux arriérés de paiement.
Ces tensions pèsent sur l'évaluation institutionnelle du Cameroun. Moody's a abaissé d'un cran, de B3 à Caa1, son appréciation de la solidité des institutions et de la gouvernance. L'agence invoque notamment les mauvaises performances du pays dans plusieurs indicateurs mondiaux de gouvernance, ainsi que ses antécédents en matière d'arriérés budgétaires intérieurs et de paiement de la dette extérieure.
La gestion budgétaire reste également affectée par le contexte politique et institutionnel. Selon Moody's, l'incertitude politique et les retards dans la prise de décision gouvernementale ont ralenti l'exécution du budget ainsi que les discussions avec le Fonds monétaire international en vue d'un nouveau programme.
Dans ce contexte, l'agence a ramené sa prévision de croissance à 3,4 % en 2026. Elle anticipe également un déficit budgétaire de 2,5 % du PIB, notamment sous l'effet de la hausse du coût des subventions aux carburants liée à l'augmentation des cours du pétrole.
À ces tensions s'ajoute l'exposition de l'économie aux hydrocarbures. La note Caa1 reflète, selon Moody's, la vulnérabilité du pays aux variations des cours mondiaux du pétrole, aux dépenses de sécurité non prévues au budget et à la fragilité financière de certaines entreprises publiques.
Une économie résiliente, mais encore vulnérable
Moody's attribue au Cameroun un score de " ba3 " pour sa solidité économique. L'agence met en balance le faible niveau de revenu et le déclin du secteur des hydrocarbures avec une croissance jugée résiliente et l'existence d'importantes ressources dans l'agriculture, l'hydroélectricité et les minerais. Ces ressources restent toutefois largement sous-exploitées.
Le profil de risque demeure aussi fortement influencé par la situation politique. Moody's attribue un score de " caa " à la susceptibilité aux risques événementiels, principalement en raison des risques politiques internes. L'agence évoque les incertitudes liées à la succession présidentielle après plus de quatre décennies de pouvoir du président Paul Biya, ainsi que la persistance des troubles dans les régions anglophones et dans l'Extrême-Nord.
Une réforme constitutionnelle récente a clarifié la ligne de succession présidentielle, mais aucun vice-président n'a encore été nommé. Pour Moody's, une transition désordonnée du pouvoir, la poursuite des troubles internes ou une hausse des dépenses de sécurité pourraient affaiblir les fondamentaux du crédit souverain et accentuer les pressions budgétaires.
La capacité du Cameroun à maintenir son accès au financement constitue ainsi un enjeu central. Moody's avertit qu'une détérioration de la liquidité compromettant la capacité du pays à honorer ses obligations de dette pourrait entraîner des pertes plus importantes pour les investisseurs et devenir incompatible avec le maintien de la note Caa1.
À l'inverse, un accès durablement renforcé au financement pourrait soutenir le profil de crédit. L'agence cite notamment le recours à des émissions de dette à plus longue maturité sur les marchés régionaux, qui permettrait de réduire les risques de refinancement et les tensions de trésorerie.
Moody's identifie également plusieurs facteurs susceptibles de favoriser une amélioration de la notation : une croissance et des indicateurs budgétaires meilleurs que prévu, une diversification des sources de financement, une capacité durable à honorer les obligations extérieures et une réduction des arriérés intérieurs.
À l'inverse, une hausse plus forte que prévu des déficits et de la dette, compromettant la capacité du Cameroun à mobiliser les financements nécessaires, pourrait entraîner une dégradation. La matérialisation de risques politiques, notamment lors d'une transition désordonnée du pouvoir, constitue un autre scénario négatif.
Claude Paul Tjeg
Publié le 23/08/26 06:32
La Rédaction
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