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Digital Mornings 2026 : La Tunisie et la Côte d'Ivoire explorent les opportunités de l'IA dans la grande consommation

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La Chambre de Commerce et d'Industrie Tunisie Côte d'Ivoire (CCI TCI) et EY Tunisie ont réuni, le 30 juin, dirigeants, décideurs et experts pour la cinquième édition de leur cycle Digital Mornings, un rendez-vous régulier lancé en 2024 pour décrypter les grandes tendances qui transforment les entreprises africaines et les accompagner dans leur transition technologique. Fidèle à son format hybride, la rencontre s'est tenue simultanément sur deux plateaux connectés en temps réel, EY Tower de Tunis et le Novotel Marcory d'Abidjan. Cette année, elle était consacrée au secteur de la grande consommation, autour du thème "Bilan, perspectives et opportunités liées à l'intelligence artificielle".

En ouverture, Patrick Mbengue, président de la CCI TCI, a rappelé la vocation de cette chambre binationale : informer les entreprises sur le climat des affaires dans les deux pays et les accompagner dans l'identification de partenariats. Anis Laâdhar, Associé EY-Parthenon, a quant à lui déclaré : ''Cette continuité n'est pas anodine. Elle traduit une volonté commune de structurer le dialogue économique entre nos deux écosystèmes, afin de bâtir des ponts solides et durables.''

Présentés par les équipes EY Tunisie, Amira Jamoussi (Business Consulting) et Rabeb Boudhrioua (Financial Accounting & Advisory Services), les résultats du Baromètre EY Tunisie de la grande consommation, mené sur 22 pays d'Afrique francophone, donnent le ton : 69 % des entreprises anticipent une hausse de leur activité, contre 11 % seulement qui redoutent une baisse. Trois tendances de consommation se dégagent : l'essor du digital, l'engouement pour les produits locaux et une forte sensibilité au prix. Pour y répondre, les dirigeants misent d'abord sur les circuits de distribution, le "route to market", dans des marchés où le commerce traditionnel pèse encore près de 90 % de l'activité en Afrique subsaharienne. Côté technologies, 79 % des entreprises comptent en adopter au moins une, l'intelligence artificielle prédictive et analytique arrivant nettement en tête, devant l'automatisation des processus et l'IA générative. Les intentions d'investissement pour 2025-2026, enfin, ressortent largement positives, en particulier au Maghreb.

Ces dynamiques, analysées à travers les travaux d'EY Tunisie, traduisent l'accélération des transformations à l'œuvre sur les marchés africains.

Plusieurs dirigeants des deux rives sont venus illustrer ces tendances. Hassan Mazeh, Chief Financial Officer (Agroci), a insisté sur le défi du canal traditionnel, qui concentre plus de la moitié du potentiel de marché en Afrique de l'Ouest. Walid Zouaghi, Directeur Général Adjoint de Magasin Général, a confirmé le redressement de sa société, avec une croissance de 11 % de son chiffre d'affaires, rappelant que la grande distribution ne représente encore qu'environ 30 % de la consommation en Tunisie. Ahsen Marrakchi (Groupe Slama) est revenue sur sa recherche d'efficience industrielle et le succès de l'enseigne discount Aziza, passée de 21 points de vente en 2014 à plus de 540 aujourd'hui. Sami Ben Ayed (Kilani Group) a décrit une croissance bâtie sur les acquisitions, et Raymond Tagouya (PALMCI, groupe SIFCA) a rappelé que 60 % des approvisionnements du groupe proviennent de quelque 40 000 petits producteurs, en plaçant la traçabilité et la préservation de l'environnement au rang d'enjeux stratégiques.

L'IA, du discours aux cas d'usage

La seconde partie de la matinée a abordé les applications concrètes de l'intelligence artificielle. Ilyès Karoui, Senior Manager – expert IA chez EY Tunisie, en a présenté les principaux leviers pour le secteur : lecture automatisée de documents, contrôle qualité augmenté, maintenance prédictive. Il a défendu, démonstrations à l'appui, l'idée qu'aucune technologie isolée ne suffit : la valeur naît de plateformes combinant plusieurs briques d'IA et d'une réelle maîtrise de leur mise en œuvre. Il a également alerté sur une mutation à venir : le passage du référencement classique (SEO) à l'optimisation pour les moteurs génératifs, à mesure que les consommateurs interrogent les IA conversationnelles pour s'informer sur les marques.

Monia Zouak (Yango) a prolongé la réflexion par des cas concrets dans la distribution et la logistique. Rappelant qu'au regard d'une étude menée avec l'INSEAD, plus de 80 % des projets d'IA échouent faute de données et d'infrastructures bien préparées, elle a plaidé pour une approche progressive, fondée sur des pilotes. Les résultats peuvent toutefois être spectaculaires : un distributeur a triplé la valeur de ses commandes et réduit ses retours de stock de 64 % à 10 %, tandis qu'un autre a diminué ses ruptures de 90 % grâce à des entrepôts automatisés. Un constat partagé par l'ensemble des intervenants s'est alors imposé : la réussite passe par la qualité et la gouvernance des données, la montée en compétence des équipes, l'engagement des dirigeants et une IA cadrée et responsable.

Au terme de deux heures d'échanges, la rencontre a confirmé une conviction partagée des deux côtés de la Méditerranée : pour la grande consommation africaine, l'intelligence artificielle n'est plus une perspective lointaine, mais un chantier déjà engagé, sous réserve d'en maîtriser les prérequis. En rapprochant les expériences tunisiennes et ivoiriennes, cette cinquième édition des Digital Mornings a réaffirmé l'ambition du cycle : stimuler les synergies entre écosystèmes et accélérer la montée en compétence des dirigeants du continent — dans un contexte où l'analyse et l'accompagnement de ces transformations, portés notamment par des acteurs comme EY Tunisie, constituent un levier clé de structuration.

Fanuelle YAO 

Publié le 02/07/26 11:00

La Rédaction

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