Une seule statistique suffit à résumer l'écart entre les deux zones franc CFA face à la Chine : sur les huit pays de l'UEMOA, un seul termine le premier semestre 2026 en excédent commercial. Il s'agit du Niger, avec un solde positif de 195,2 millions de dollars, tandis que le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Sénégal et le Togo affichent tous un déficit. La CEMAC raconte une tout autre histoire, avec quatre pays excédentaires sur six, le Congo, le Gabon, le Tchad et la Guinée Équatoriale, contre deux seulement en déficit, le Cameroun et la Centrafrique.
Cette différence de proportion tient d'abord à une réalité géologique. Dans la CEMAC, les six pays disposent tous d'une production pétrolière à vendre à la Chine, ce qui structure mécaniquement une zone majoritairement excédentaire. Dans l'UEMOA, seuls le Sénégal et le Niger produisent du pétrole en quantité suffisante pour peser sur la balance commerciale, les six autres économies de l'union restant dépourvues de cette ressource et donc structurellement acheteuses de produits chinois sans contrepartie équivalente à l'export.
Le cas du Niger mérite qu'on s'y arrête plus précisément. Le pays exporte 397,6 millions de dollars vers la Chine contre seulement 202,4 millions de dollars d'importations chinoises, un rapport qui rappelle celui des économies pétrolières de la CEMAC. Cet excédent s'explique en grande partie par la présence chinoise directe dans l'exploitation même de la ressource : la China National Petroleum Corporation détient 65% du champ d'Agadem, a investi plus de 5 milliards de dollars dans son développement et a construit le pipeline Niger-Bénin, seul débouché du pétrole nigérien vers l'océan.
L'excédent commercial du Niger reflète ainsi moins une performance exportatrice classique qu'une intégration verticale où l'opérateur, le pipeline et l'essentiel de la demande appartiennent au même écosystème chinois. Le Sénégal, dont la production pétrolière offshore a démarré plus récemment sous opérateur occidental, ne présente pas la même configuration et reste déficitaire face à la Chine sur la période. Le Niger demeure par ailleurs un poids marginal au sein de l'UEMOA, avec à peine 4,2% du volume commercial total de la zone.
À l'opposé, la Côte d'Ivoire concentre à elle seule un déficit de 3,39 milliards de dollars face à la Chine, un montant qui dépasse l'excédent cumulé de toute la CEMAC réunie. Ce déficit ivoirien va même au-delà, en valeur absolue, de celui du Cameroun au sein de la CEMAC, à 2,17 milliards de dollars, alors que les deux pays occupent une position comparable de première économie diversifiée dans leur zone respective. Le Sénégal, avec 2,75 milliards de dollars de déficit, et le Togo, avec 2,21 milliards, complètent un trio qui porte l'essentiel du déséquilibre commercial de l'UEMOA face à la Chine.
Cette asymétrie révèle une différence de nature entre les économies dominantes de chaque union. Le Cameroun reste un cas isolé au sein d'une CEMAC à dominante pétrolière et globalement excédentaire. La Côte d'Ivoire, elle, s'inscrit dans une UEMOA où l'absence de ressource pétrolière propre rend le déficit commercial face à la Chine la norme plutôt que l'exception, ce qui limite structurellement la capacité de la zone à compenser ses déséquilibres par la seule performance d'un pays membre.
Un constat qui suggère que la CEMAC, malgré un volume d'échanges inférieur à celui de l'UEMOA, présente une structure commerciale plus équilibrée entre ses membres face à la Chine, portée par la diversité de ses producteurs de matières premières. L'UEMOA, à l'inverse, cumule une dépendance quasi généralisée aux importations chinoises, avec le Niger comme unique contre-exemple, un excédent qui doit lui-même beaucoup au rôle central des firmes chinoises dans l'exploitation de la ressource plutôt qu'à une diversification propre de l'économie nigérienne.
Idrissa Diakité
Publié le 04/08/26 17:46
La Rédaction
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