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Entre boom pétrolier et instabilité, le Niger reste en zone de très haut risque selon Moody’s

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Deux jours après l'attaque terroriste qui a visé l'aéroport de Niamey, la capitale nigérienne, l'agence de notation Moody's Ratings a publié, le 30 janvier, la conclusion de son examen périodique de la situation financière du pays. Sans annoncer de changement immédiat de notation, l'agence confirme un diagnostic particulièrement fragile pour l'économie nigérienne, toujours plombée par l'insécurité, les tensions politiques et de fortes contraintes budgétaires. 

Le Niger conserve ainsi une note de long terme Caa3, l'une des plus basses dans l'échelle de Moody's, traduisant un risque de défaut de paiement très élevé. Cette évaluation reflète avant tout un environnement sécuritaire instable, des finances publiques sous pression et une capacité de remboursement jugée faible, notamment depuis le défaut intervenu en 2023 à la suite des sanctions imposées par la CEDEAO après le coup d'État militaire. 

Une économie portée par le pétrole, mais vulnérable 

Moody's souligne toutefois que la croissance économique du Niger demeure robuste malgré ce contexte difficile. Après une progression estimée à plus de 10 % en 2024, portée par le démarrage des exportations pétrolières, la hausse du PIB devrait ressortir à environ 6,6 % en 2025. 

Les ventes de pétrole ont également contribué à améliorer la position extérieure du pays. Le déficit du compte courant, qui mesure l'écart entre ce que le pays gagne et ce qu'il dépense à l'étranger, se serait réduit à 3,4 % du PIB en 2025, contre 6 % l'année précédente. 

Mais ces avancées restent fragiles. Moody's rappelle que le Niger demeure très exposé aux chocs climatiques, aux tensions sécuritaires et aux fluctuations des prix des matières premières. Les secteurs du pétrole, de l'uranium et de l'or offrent un potentiel important, mais leur développement est freiné par l'instabilité politique et les risques opérationnels.

 Sur le plan budgétaire, la situation reste tendue. Malgré les nouvelles recettes pétrolières, les revenus de l'État nigérien ne représentent que 11 à 12 % du PIB, un niveau très faible comparé à la norme au sein de l'UEMOA fixée à 20%. 

Dans le même temps, les dépenses augmentent, notamment pour faire face aux défis sécuritaires et sociaux. Moody's anticipe un déficit public proche de 3 % du PIB, mais souligne que cette marge est trop étroite pour absorber de nouveaux chocs. 

Le principal point de fragilité reste la trésorerie de l'État. Privé de financements internationaux des partenaires bilatéraux depuis le coup d'État, le gouvernement dépend largement de prêts régionaux à court terme jugés coûteux. Les arriérés de paiement ont déjà atteint environ 1,1 % du PIB début 2025, illustrant des tensions croissantes sur la liquidité. 

Un environnement politique qui inquiète les investisseurs

 Moody's met également en avant le risque politique élevé. La transition vers un pouvoir civil a été repoussée à 2030, ce qui devrait continuer à freiner le retour des bailleurs de fonds internationaux.

Les tensions régionales, notamment la fermeture persistante de la frontière avec le Bénin, ainsi que les différends dans les secteurs pétrolier et minier pourraient aussi décourager les investissements étrangers.

Si le Niger a quitté la CEDEAO en 2024, Moody's estime toutefois qu'il devrait rester membre de l'UEMOA, ce qui lui permet de bénéficier de la stabilité monétaire du franc CFA et du soutien en réserves de change. Une sortie de cette union monétaire serait, selon l'agence, beaucoup plus dommageable pour l'économie et pourrait entraîner une nouvelle dégradation de la note.

Entre espoirs pétroliers et risque de rechute financière

L'agence de notation adopte une perspective stable, estimant que la montée en puissance des exportations pétrolières continuera de soutenir la croissance et les recettes en devises.

Mais ces progrès restent contrebalancés par l'insécurité persistante, les tensions politiques et les difficultés d'accès au financement, qui augmentent le risque d'un nouveau défaut de paiement à moyen terme.

Moody's précise que la note pourrait s'améliorer si les revenus pétroliers étaient investis de manière productive, si l'exploitation de l'uranium reprenait normalement, et si l'État retrouvait un accès plus large à des financements à coût raisonnable.

À l'inverse, une aggravation de l'instabilité sécuritaire ou un isolement financier prolongé pourrait conduire à une nouvelle dégradation.

Publié le 05/02/26 16:50

La Rédaction

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