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Filière café-cacao : La Côte d’Ivoire muscle sa traçabilité pour conquérir les marchés européens

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Le binôme café-cacao constitue le socle de l'économie ivoirienne. Avec une production annuelle d'environ 2,2 millions de tonnes, ce secteur représente 14% du PIB national, 35 % des recettes d'exportation et assure la subsistance de plus de cinq millions de personnes. Face à ce poids économique, la filière traverse un tournant décisif sous la pression des exigences réglementaires internationales. Dès le 1er janvier 2027, l'Union européenne, qui absorbe plus de 65 % des exportations ivoiriennes de cacao, imposera une traçabilité totale garantissant l'absence de déforestation. Pour anticiper cette échéance, la Côte d'Ivoire a rendu obligatoire le Système national de traçabilité (SNT) et la carte du producteur à compter du 1er septembre 2026, date d'ouverture de la campagne 2026-2027.

Ces dispositifs visent à apporter une réponse durable à un défi majeur : la transparence des flux. Le SNT, initié par le Conseil du café-cacao dès 2019, vise à garantir un suivi rigoureux depuis les plantations jusqu'aux ports d'embarquement. L'objectif est double : renforcer la crédibilité et la compétitivité du café et du cacao ivoiriens sur la scène mondiale tout en professionnalisant le secteur. Ce système allège également la charge des coopératives qui n'auront plus à investir dans la géolocalisation des parcelles de leurs membres, une mission désormais centralisée par le régulateur.

Pour saisir l'impact concret de cette mutation numérique, il suffit d'observer les planteurs affiliés à la coopérative SCOOPS/SAHS de Daloa. Auparavant, les transactions commerciales étaient marquées par la manipulation de fortes sommes en espèces, sources d'insécurité et d'incertitudes sur le respect du prix bord champ fixé par l'État. Grâce à la carte électronique, le processus est désormais totalement sécurisé. Lors de la vente, l'acheteur scanne un code QR apposé sur le sac via un terminal de paiement électronique (TPE). Le poids est calculé automatiquement, le prix est validé, et le producteur reçoit un SMS confirmant le crédit de son portemonnaie mobile. Le planteur peut ensuite retirer ses fonds dans les guichets automatiques ou via un point de vente mobile money.

Au-delà de cette révolution transactionnelle, la carte du producteur est un outil de protection sociale. Dotée d'une puce bancaire et d'un code QR, elle contient l'identité du planteur et les données de ses vergers. Elle garantit le paiement effectif du prix bord champ et facilite l'accès à la Couverture maladie universelle (CMU), avec une prise en charge à 100 % pour les détenteurs de la carte, conformément à la vision du Chef de l'État.

La viabilité de cette réforme repose sur une dynamique nationale impressionnante. Le processus, dont l'implémentation a coûté 6,5 milliards de francs CFA, a permis à ce jour de recenser plus d'un million de producteurs, de distribuer près de 900 000 cartes et de géolocaliser environ trois millions d'hectares de plantations. L'efficacité du système est déjà mesurable : entre octobre 2025 et mars 2026, plus de 160 000 tonnes de cacao ont été commercialisées avec une traçabilité complète.

Autant dire que la pérennité de la filière café-cacao dépend désormais de l'équilibre entre conformité internationale et bien-être du monde rural. En ligne de mire de cette agriculture à forte inclinaison technologique : une filière café-cacao plus robuste, plus juste où le numérique devient le meilleur allié du monde rural.

Anselme Akeko

Publié le 17/06/26 15:17

La Rédaction

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