Le ministère congolais des Finances, du Budget et du Portefeuille public, en partenariat avec l'Ordre national des experts-comptables du Congo, a présenté officiellement, le 3 juillet 2026 à Brazzaville, la plateforme Fouta. Conçue comme un switch monétique national, cette solution numérique centralise et sécurise l'encaissement des impôts, taxes et droits douaniers à l'échelle nationale. Fouta interconnecte nativement les régies financières de l'État, notamment eTax et Sydonia, avec les établissements bancaires, la Banque postale et les opérateurs de mobile money. Selon les autorités, l'infrastructure repose sur quatre axes stratégiques, axés principalement sur la sécurisation et la centralisation des flux financiers. Son déploiement, progressif, s'étendra jusqu'à la fin de 2026 : les grandes entreprises seront intégrées en priorité, avant l'ensemble des contribuables.
Jusque-là, le recouvrement des recettes publiques se heurtait à un écosystème cloisonné. Les administrations fiscales, douanières et municipales fonctionnaient en silos, sans passerelle technique commune. Les fonds transitaient souvent par des banques commerciales intermédiaires, retardant l'acheminement des liquidités vers les caisses de l'État et compliquant le suivi en temps réel des perceptions.
La lourdeur des processus physiques pesait sur l'économie : files aux guichets, délais d'attente, manipulation excessive d'espèces et nécessité de conserver de volumineux justificatifs papier. Par ailleurs, l'absence d'interconnexion entre les banques commerciales et la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) empêchait l'alimentation directe et instantanée du Compte unique du Trésor (CUT), réduisant la visibilité budgétaire de l'exécutif.
Ces failles logistiques avaient des conséquences concrètes. Les contribuables s'exposaient à des erreurs d'imputation et à la perte de preuves de paiement. Pour l'État, l'opacité favorisaient des fraudes liées aux paiements en espèces, allongeait les délais administratifs et privait le gouvernement de données fiables pour piloter le budget national.
Fouta veut inverser cette dynamique. La plateforme permettra aux usagers de télédéclarer via eTax, de choisir un mode de règlement numérique et de valider la transaction par un code de sécurité unique (OTP). Une quittance électronique, sécurisée par QR code et opposable à l'administration, sera générée instantanément. En orientant directement les flux vers le Compte unique du Trésor hébergé à la BEAC, Fouta supprime les intermédiaires, réduit l'usage du cash et renforce la transparence de la gouvernance financière. Reste à observer, sur le terrain, la capacité des systèmes existants à s'intégrer sans heurts et l'adoption par les PME et les citoyens. Les prochains mois seront déterminants pour mesurer l'impact réel de Fouta sur le pilotage budgétaire et la lutte contre la fraude.
Anselme Akéko
Publié le 06/07/26 12:28
La Rédaction
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