La relance de la filière café-cacao gabonaise se heurte à une contrainte très concrète : celle des décaissements publics. Sur les 3,5 milliards FCFA de subvention de l'État attendus en 2026 par la Caisse de stabilisation et de péréquation (Caistab), seuls 100 millions FCFA ont effectivement été décaissés, selon les éléments communiqués à l'issue de son conseil d'administration, soit environ 2,9 % de l'enveloppe annoncée. Quelque 3,4 milliards FCFA restent ainsi à mobiliser. Face à cette situation, le budget rectificatif de l'organisme maintient comme priorité l'achat du café et du cacao auprès des producteurs, mais cette activité devra désormais être financée sur les ressources propres de la Caisse.
Cette tension intervient dans un contexte budgétaire national nettement moins favorable qu'anticipé en début d'exercice. La loi de finances rectificative du 17 juillet 2026 ramène les recettes brutes du budget général de 4 091,1 milliards à 3 166,3 milliards FCFA, soit une diminution de 924,8 milliards (-23 %). Les dépenses d'investissement subissent parallèlement une correction de 2 137,2 milliards à 1 169,1 milliards FCFA, en baisse de 968,1 milliards, soit 45 %. Ces arbitrages donnent une autre dimension aux difficultés rencontrées par la Caistab. Le faible décaissement de sa subvention intervient au moment où l'État révise fortement à la baisse plusieurs de ses enveloppes initiales.
L'agriculture figure précisément parmi les secteurs les plus touchés par cette révision. La mission " Agriculture, élevage et pêche ", initialement dotée de 135,77 milliards FCFA, ne dispose plus que de 42,26 milliards hors ressources additionnelles, ou 43,55 milliards FCFA en intégrant attributions de produits, fonds de concours et dons. L'écart avec la loi de finances initiale atteint ainsi 92,22 milliards FCFA, soit une contraction d'environ 68 %. La difficulté de la Caistab ne constitue donc pas un épisode totalement isolé.
Pour la Caisse, l'enjeu consiste désormais à préserver les achats auprès des planteurs sans fragiliser le reste de ses activités. D'après les éléments présentés lors de son conseil d'administration, ses ressources propres participent déjà à hauteur de 75 % au financement de son budget global. Le choix de sanctuariser l'achat des récoltes permet donc de maintenir le principal lien financier entre la Caistab et les producteurs, mais réduit mécaniquement la marge disponible pour les autres interventions.
Cette coupe drastique de la subvention de l'État, pose enfin la question du financement durable de la relance du café et du cacao. La LFR 2026 impose aux opérateurs assurant une mission de service public et bénéficiant d'une subvention de l'État ou de recettes affectées de conclure des contrats d'objectifs et de performance (COP) sur trois ans et des contrats annuels de performance (CAP), l'accès aux crédits étant conditionné à leur signature. Pour la Caistab, le problème immédiat est plus élémentaire : transformer les crédits et engagements prévus en trésorerie effectivement disponible. Avec 100 millions FCFA reçus sur 3,5 milliards attendus, la capacité de l'organisme à continuer d'acheter les récoltes sur ses fonds propres devient ainsi l'un des premiers tests financiers de la politique de relance du café-cacao en 2026.
Publié le 20/08/26 16:34
La Rédaction
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CEMAC