Près d'une semaine après les premières perturbations, l'approvisionnement en carburant reste une préoccupation majeure au Gabon. Le ministère du Pétrole et du Gaz avait annoncé, le 2 octobre 2026, un retour progressif à la normale à partir du dimanche 4 octobre, après l'arrivée d'une nouvelle cargaison. Le navire Savanan, qui transportait environ 30 000 m³ de carburant selon les informations de la direction de l'Aval pétrolier, a accosté à Owendo le 4 octobre. Pourtant, les opérations de réapprovisionnement n'ont pas immédiatement mis fin aux files d'attente et aux restrictions signalées dans les stations. Le 4 octobre, les autorités reconnaissaient encore que plusieurs points de vente attendaient leur livraison, confirmant le décalage entre l'arrivée des produits au port et leur disponibilité effective à la pompe.
L'origine immédiate de la crise est officiellement attribuée à une diminution des stocks détenus par les distributeurs, communément appelés marketeurs. Dans son communiqué du 2 octobre, le ministère indique avoir mobilisé les volumes disponibles dans les installations de stockage pour maintenir la distribution jusqu'à l'arrivée du navire d'importation. Des mesures temporaires de rationnement ont également été décidées afin de préserver les quantités restantes. Le problème dépasse donc la simple arrivée d'une cargaison. Il interroge la programmation des importations, le niveau des stocks de sécurité et la coordination entre les opérateurs chargés de l'approvisionnement et de la distribution. Les autorités n'ont toutefois pas rendu public un bilan détaillé des stocks avant la crise, exprimé en mètres cubes ou en jours de consommation nationale.
Les déclarations des responsables du secteur, le 5 octobre, apportent un éclairage supplémentaire. Yvon Tchicot, directeur général de la Société gabonaise d'entreposage de produits pétroliers (SGEPP), a reconnu que les stocks importés n'avaient pas encore retrouvé leur niveau habituel. Il a également expliqué que les carburants entreposés restent la propriété des distributeurs, lesquels organisent leurs enlèvements et leurs livraisons vers les stations. Cette répartition des responsabilités entre stockage, approvisionnement commercial et distribution invite à examiner les mécanismes de coordination de la filière. Elle soulève dès lors une question : comment une diminution des stocks chez plusieurs opérateurs a-t-elle pu provoquer des tensions aussi étendues sans qu'un mécanisme de réapprovisionnement anticipé permette de les contenir ?
Le volume annoncé de 30 000 m³ représente 30 millions de litres. Selon les indications communiquées par la SGEPP, environ 60% des carburants consommés au Gabon proviennent des importations, contre 40% fournis par la production locale de la SOGARA. Mais l'importance réelle de cette cargaison ne peut être évaluée sans connaître la consommation quotidienne du pays, la répartition entre essence et gasoil, les stocks encore disponibles et les volumes déjà programmés à l'importation. Une cargaison importante ne garantit pas non plus une distribution immédiate : elle doit être déchargée, réceptionnée, entreposée puis acheminée par camions vers les stations. Les contraintes sont encore plus sensibles pour les localités de l'intérieur du pays, dépendantes de circuits de transport plus longs. Les responsables de la SGEPP ont également fait état de plusieurs cargaisons réceptionnées et de nouvelles livraisons attendues, sans préciser publiquement le calendrier complet de reconstitution des stocks.
Cette crise survient alors que le Gabon prépare des investissements industriels pour renforcer ses capacités de raffinage et de stockage. En avril 2026, Technip Energies a annoncé deux contrats d'études avec la SOGARA, portant notamment sur quatre nouvelles installations de stockage et un complexe d'hydrocraquage. La SGEPP travaille également sur un programme d'augmentation de ses capacités, dont la faisabilité a été validée selon sa direction. Mais ces projets ne répondent pas aux besoins immédiats des consommateurs. Alors que les rationnements et les files d'attente continuent d'être signalés, la perturbation des déplacements et des activités de transport fait peser des coûts supplémentaires sur les ménages et les entreprises. Reste à déterminer dans quels délais l'approvisionnement pourra être entièrement rétabli et quelles mesures permettront d'éviter une nouvelle rupture.
Publié le 07/10/26 15:01
La Rédaction
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CEMAC