La pression fiscale est devenue l'une des principales contraintes du secteur privé gabonais. En 2025, 50% des entreprises interrogées considéraient les taux d'imposition comme une contrainte majeure à leurs activités, selon les données de l'enquête auprès des entreprises reprises dans la Revue des Finances Publiques du Gabon 2026 de la Banque mondiale. Le chiffre dépasse nettement la moyenne de 33% observée en Afrique subsaharienne. Pour les entreprises, la question n'est donc plus seulement celle du montant effectivement payé au fisc, mais de l'ensemble des coûts qui pèsent sur la production, les importations et l'investissement.
À cette fiscalité intérieure s'ajoute le coût de l'accès aux intrants importés. La Banque mondiale rappelle que la CEMAC applique un tarif extérieur commun de 18% et qu'entre 2020 et 2022, le tarif moyen supporté par le Gabon atteignait 18,8%, ce qui plaçait le pays au huitième rang mondial sur cet indicateur. Pour une économie qui importe une grande partie de ses équipements, consommables et produits intermédiaires, cette protection douanière peut renchérir les coûts de production. L'institution estime que cette structure compromet à la fois la compétitivité des entreprises et leur accès aux intrants étrangers.
Mais cette pression ressentie par les entreprises ne se traduit pas par un rendement fiscal particulièrement élevé pour l'État, et c'est là tout le paradoxe. La Banque mondiale juge encore limitée la productivité de l'impôt sur les sociétés, de l'impôt sur le revenu et de la TVA, en raison notamment des problèmes de conformité, de fraude, d'informalité et de multiples régimes dérogatoires. En 2024, les dépenses fiscales ont atteint 403 milliards FCFA, soit 3,2% du PIB, tandis que les recettes fiscales non pétrolières n'ont représenté en moyenne que 10,5% du PIB sur la période 2014-2024. Le problème tient donc autant à la structure du système qu'au niveau des taux appliqués.
Les exonérations participent directement à cette fragmentation. La Banque mondiale souligne qu'elles peuvent créer des écarts de traitement entre entreprises et donc des conditions de concurrence inégales. Certaines bénéficient d'incitations sectorielles ou de franchises tandis que d'autres acquittent pleinement les impôts et droits applicables. Le rapport recommande ainsi de rationaliser les exonérations, de réduire les dispositifs discrétionnaires et de mieux encadrer leur durée. L'objectif serait de répartir davantage l'effort fiscal plutôt que de concentrer le prélèvement sur les entreprises déjà identifiées et formalisées.
C'est pourquoi la Banque mondiale ne préconise pas simplement de relever les taux. Elle insiste davantage sur la numérisation de la TVA, l'extension de Digitax, les contrôles fondés sur les risques, l'utilisation des données de tiers et la réduction des dépenses fiscales. L'enjeu pour Libreville est délicat : augmenter les recettes non pétrolières alors que la moitié des entreprises considère déjà la fiscalité comme un frein important. Toute l'équation consiste désormais à élargir l'assiette et améliorer le recouvrement sans augmenter davantage le coût d'activité des entreprises formelles.
Idrissa Diakité
Publié le 07/10/26 10:53
La Rédaction
SN
CEMAC