Le développement de la filière avicole se précise au Gabon, où le gouvernement vient de franchir un nouveau cap dans sa stratégie de substitution aux importations. En ratifiant, ce 4 mai 2026, cinq conventions d'investissement d'une valeur globale de 775 milliards FCFA (environ 1,27 milliard de dollars) sous l'égide du ministre de l'Économie Thierry Minko et de son homologue à l'Agriculture Pacôme Kossy, Libreville prépare le marché intérieur à l'échéance du 1er janvier 2027, date à laquelle l'importation de poulet de chair sera formellement interdite sur le territoire national. Cette mesure protectionniste forte s'inscrit dans la vision de souveraineté alimentaire portée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema.
L'origine de ces flux de capitaux témoigne d'une diplomatie économique diversifiée, mêlant investissements directs étrangers (IDE) et expertises régionales. Le groupe turc Hakan Kiran Holding injectera ainsi 67 milliards FCFA, tandis que les intérêts chinois dominent l'enveloppe globale avec des engagements portés par l'Association Agricole Chinoise pour les Échanges Internationaux (155 milliards FCFA), Hong Kong Grove Metal Limited (280 milliards FCFA) et Qingdao Intelligent Poultry. Enfin, l'intégration régionale est à l'honneur avec le groupe camerounais NJS AVI Gabon, qui mobilise 10 milliards FCFA, confirmant l'attractivité du secteur agro-industriel gabonais pour les capitaux de la zone CEMAC.
Le déploiement de ces investissements est conçu selon un modèle de production intégrée pour couvrir l'ensemble de la chaîne de valeur. Les infrastructures seront réparties sur des pôles géographiques stratégiques : une ferme avicole d'envergure à Ntoum, d'une capacité de 60 000 tonnes par an, et une unité de production à Oyem. Ce maillage industriel vise non seulement l'élevage, mais aussi la transformation avec la construction de parcs agricoles et de provenderies. Ces dernières sont cruciales pour réduire la dépendance aux intrants extérieurs et garantir une structure de coût compétitive pour le poulet local.
Cette injection massive de capitaux vise une production nationale supérieure à 125 000 tonnes par an, un seuil critique pour absorber la demande domestique et assainir la balance commerciale. En réduisant drastiquement les sorties de devises liées aux importations alimentaires qui pèsent historiquement lourd dans les finances publiques gabonaises (autour de 450 milliards FCFA par an), l'État espère réallouer ces ressources vers d'autres secteurs productifs. L'enjeu est également social, avec une création d'emplois locaux attendue tout au long de la filière, du technicien d'élevage au logisticien.
Idrissa Diakité
Publié le 05/05/26 11:37
La Rédaction
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