Le budget 2026 promulgué le 30 décembre dernier, confirme un tournant dans la politique de subvention des carburants au Gabon. Après hésitation, la ligne budgétaire consacrée au soutien des prix des produits pétroliers passe de 88 milliards FCFA en 2025 à 12,2 milliards FCFA en 2026, soit une baisse de 75,8 milliards FCFA, équivalente à -86% sur un an. Rarement une dépense aussi sensible socialement aura été ajustée avec une telle ampleur.
Et cet arbitrage n'est pas anodin. Historiquement, les subventions pétrolières ont constitué l'un des principaux postes de dépense quasi-rigides de l'État, particulièrement en période de volatilité des cours internationaux. En 2025, les 88 milliards FCFA mobilisés visaient à contenir l'impact inflationniste sur les ménages et les entreprises. En 2026, l'enveloppe résiduelle de 12,2 milliards FCFA suggère un recentrage plus strict, limité à des mécanismes ciblés ou à des ajustements techniques, plutôt qu'à un soutien généralisé des prix à la pompe.
Côté budget pour autant, la décision est structurante. La réduction de 75,8 milliards FCFA représente à elle seule près de 9% du besoin de financement budgétaire 2026, estimé à -810,95 milliards FCFA. Autrement dit, cette coupe drastique sur les carburants contribue directement à contenir le déficit, au moment où les charges financières de la dette progressent, passant de 349,5 milliards FCFA en 2025 à 419,8 milliards FCFA en 2026 (+20%).
Pour l'économie réelle, les implications sont néanmoins plus contrastées. À court terme, la baisse du soutien expose davantage les ménages et les entreprises aux fluctuations des prix des carburants, avec des effets potentiels sur les coûts de transport, la logistique et certains biens de consommation. À moyen terme, elle pourrait cependant accélérer la rationalisation de la consommation et la pression pour améliorer l'efficacité énergétique mais aussi et surtout, inciter à investir dans des alternatives telles que le gaz à l'image de la centrale récemment inaugurée de Mayumba, les énergies renouvelables et une mobilité plus efficiente.
Idrissa Diakité
Publié le 26/01/26 11:37
La Rédaction
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