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Gabon : Comment le port de Kobe-Kobe veut asphyxier son voisin de Douala

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La signature, le 23 avril 2026, de la convention entre l'État gabonais et Africa Global Logistics (AGL) pour le projet portuaire Kobe-Kobe marque un tournant dans la géographie économique de l'Afrique Centrale. Situé à Owendo, au sud de Libreville, ce nouveau terminal en eau profonde n'est pas qu'une simple extension, il s'agit d'une infrastructure stratégique positionnée sur l'estuaire du Komo pour exploiter des profondeurs naturelles exceptionnelles. En misant sur des infrastructures de nouvelle génération, Libreville entend briser le quasi-monopole historique du Port Autonome de Douala (PAD) sur les corridors de transit de la sous-région.

Le principal levier de compétitivité de Kobe-Kobe repose sur la profondeur de son tirant d'eau. Contrairement à Douala, qui est un port de rivière situé à l'intérieur des terres et condamné à un envasement permanent, le port camerounais est limité à un chenal de 7 ou 8 mètres, Kobe-Kobe, en tant que port de côte, vise une profondeur de 14 à 16 mètres. Pour les armateurs, cette efficacité opérationnelle se traduit par des économies d'échelle significatives et une réduction drastique des délais d'attente en rade, des facteurs déterminants dans le choix d'un hub portuaire régional.

L'ambition gabonaise s'appuie sur un modèle d'interconnexion Rail-Mer optimisé via le chemin de fer Transgabonais pour lequel le gouvernement vient de mobilier plus de 130 milliards FCFA. L'objectif est de créer une rupture de charge efficiente permettant d'acheminer les produits importés et d'exporter les matières premières (bois, minerais) avec une fluidité supérieure au corridor camerounais. Si le Gabon parvient à stabiliser la cadence de son réseau ferroviaire, il pourrait réduire le coût logistique global du transport vers le Tchad et la RCA, détournant ainsi une part substantielle des revenus de transit qui alimentent actuellement l'économie camerounaise.

Néanmoins, une question se pose : qu'en est-il de Kribi ? Si Kobe-Kobe se compare à Douala sur l'aspect technique, il défie Kribi sur l'aspect logistique. Le projet gabonais mise sur une arme que son rival camerounais n'a pas encore totalement activée : l'interconnexion ferroviaire directe. Le projet repose sur la capacité du Transgabonais à transformer le port en un véritable tapis roulant vers l'hinterland. Transporter des volumes massifs par train depuis Owendo offre une sécurité et une régularité que le transport routier, souvent saturé entre Kribi et N'Djamena, peine à garantir.

Le projet Kobe-Kobe pourrait bien être le baromètre de la diversification économique du Gabon. En transformant un coût de maintenance (le dragage permanent à Douala) en un avantage compétitif structurel (l'eau profonde à Owendo), le pays se positionne comme le futur poumon logistique de la région. En se plaçant comme l'alternative la plus rapide à Douala et la plus intégrée face à Kribi, le Gabon espère capter les flux vitaux du continent central. Si le rail suit la cadence imposée par le port, Kobe-Kobe pourrait bien devenir la porte d'entrée incontestée de la CEMAC.

 

Publié le 06/05/26 12:13

La Rédaction

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