Le Gabon sait désormais assez précisément ce qui irrite son secteur privé. Du 4 au 10 juin 2026, le Haut Conseil pour l'investissement a réuni plus de 1 100 participants, répartis dans huit groupes de travail, pour passer en revue les obstacles à l'investissement. Fiscalité, sécurité juridique, commande publique, gouvernance, compétitivité logistique et accompagnement des entreprises locales figurent parmi les dossiers remontés au gouvernement. Le rapport final a été officiellement remis au Vice-président du gouvernement le 22 juin.
La liste des mesures demandées est particulièrement concrète
Les participants ont réclamé l'apurement des crédits de TVA, la réduction des délais administratifs, l'accélération du nouveau Code des investissements, une meilleure fluidité des corridors portuaires et aéroportuaires, le renforcement de la sécurité juridique et une plus grande participation des entreprises gabonaises à la commande publique. Ces sujets se traduisent directement en trésorerie. Une TVA non remboursée immobilise du cash, une autorisation tardive retarde un projet et une procédure fiscale imprévisible augmente le rendement exigé pour investir. Sur ce premier point, l'État gabonais a fait un premier pas en ordonnant début août, le versement de 20 milliards FCFA pour rembourser les crédits de TVA dus aux entreprises de la filière forêt-bois.
Pour le reste, le gouvernement a surtout assorti cette concertation d'un calendrier. Lors de la restitution du 22 juin, le Secrétariat général du Gouvernement a présenté un dispositif de suivi-évaluation, un chronogramme des réformes prioritaires et surtout un plan d'action pour les 100 jours suivants. L'engagement déplace désormais le débat. La question n'est plus de savoir si les difficultés sont connues, mais lesquelles auront effectivement disparu ou diminué au terme de cette période.
Les capitaux privés en ligne de mire pour financer le PNCD
Cette exécution revêt un caractère d'autant plus stratégique que Libreville cherche à attirer beaucoup plus de capitaux privés pour financer son PNCD 2026-2030. Un pays peut améliorer ses codes, multiplier les rencontres avec les investisseurs et annoncer de nouveaux projets, mais le coût réel de l'investissement reste néanmoins déterminé par l'expérience quotidienne des entreprises. Le délai nécessaire pour obtenir une autorisation, récupérer une créance fiscale, dédouaner un équipement ou sécuriser juridiquement un contrat peut peser autant dans une décision d'investissement que les avantages fiscaux accordés à l'entrée.
À environ trois semaines de l'échéance des 100 jours annoncés le 22 juin, les investisseurs disposent donc d'un premier test mesurable. Combien de crédits de TVA ont été apurés ? Quels délais administratifs ont effectivement diminué ? Quelles procédures ont été supprimées ou numérisées ? Quelles dispositions du nouveau cadre de l'investissement sont devenues opérationnelles ? Après avoir recensé avec le secteur privé les obstacles à l'investissement en juin, l'exécutif doit désormais produire les chiffres permettant de mesurer leur disparition, au moment où il vient de suspendre les exonérations fiscalo-douanières mettant en cause un manque à gagner de plus de 283 milliards FCFA.
Idrissa Diakité
Publié le 10/09/26 10:15
La Rédaction
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