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Gabon : La FEG en ordre de bataille, Kouakoua face à l'impératif de transformation du secteur privé

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Alain-Claude Kouakoua veut transformer l'essai. Le PDG de la Holding ACK S.A. a officiellement présenté sa candidature à la présidence de la Fédération des Entreprises du Gabon (FEG), dont l'élection exceptionnelle se tient ce 12 juin 2026. Devant les chefs d'entreprise, présidents de fédérations professionnelles et membres du Bureau exécutif élargi, il a dressé le bilan de l'intérim qu'il assure depuis le départ d'Henri-Claude Oyima au gouvernement et exposé sa vision. Il plaide pour une FEG plus influente dans les décisions économiques nationales, plus proche des PME, davantage présente dans les neuf provinces du pays, et capable de faire du Gabon Economic Forum le principal espace annuel de dialogue entre secteur privé, pouvoirs publics et partenaires au développement.

La candidature de Kouakoua dépasse le seul cadre de la fédération patronale. Depuis le 30 août 2023, sa Holding ACK S.A. et Mika Services, qui du reste à absorber le géant français Colas dans une opération inédite, se sont imposées parmi les références incontournables du BTP gabonais, portant plusieurs chantiers d'envergure nationale dont le très attendu Owendo By Pass. Dans un pays où la commande publique structure largement l'économie, cette position confère au candidat une légitimité entrepreneuriale et une proximité avec les cercles décisionnels qui font de son élection à la tête du patronat gabonais l'issue la plus probable du scrutin de ce jour.

Et c'est précisément parce que Kouakoua connaît les ressorts profonds de l'économie gabonaise que les ambitions qu'il porte pour la FEG seront jugées à l'aune d'un chantier structurel considérable. Le secteur privé gabonais souffre d'un déficit de financement chronique qui freine l'émergence d'un tissu entrepreneurial local compétitif. Les données de la BEAC pour le quatrième trimestre 2025 en donnent la mesure : avec un TEG moyen de 21,06 %, le Gabon affiche le coût du crédit le plus élevé de toute la CEMAC, loin devant le Cameroun à 8,38 % et le Congo à 10,66 %. Les charges et commissions annexes représentent près de 49 % du coût total du crédit aux PME, soit le fardeau le plus lourd de la sous-région. Dans ce contexte, les grandes entreprises captent 258,4 milliards FCFA de crédits, pendant que les PME n'en absorbent que 61,9 milliards, sur des maturités majoritairement court terme qui financent de la trésorerie plutôt que de l'investissement productif.

Les effets de ces contraintes sont lisibles dans la structure même de l'économie gabonaise. Dans le BTP, les grandes enveloppes de travaux publics bénéficient prioritairement à des groupes disposant de capacités de préfinancement que les entreprises locales peinent à mobiliser. Dans l'aviculture et l'agro-industrie, la filière gabonaise reste sous pression des importations, faute d'entrepreneurs capables d'investir sur le moyen terme. Dans la distribution et le commerce de gros, des opérateurs extérieurs structurellement mieux armés continuent d'occuper le terrain. Dans chacune de ces filières, le déficit de financement accessible aux PME locales laisse le champ libre à des acteurs venus d'ailleurs.

Le Plan national de croissance et de développement offre pourtant un cadre d'action concret. Transformation locale du bois, du manganèse et des produits agricoles, structuration des filières vivrières, développement des zones économiques spéciales, renforcement des infrastructures logistiques portuaires et routières : ces chantiers représentent autant de marchés que le tissu entrepreneurial gabonais pourrait saisir. À condition que la FEG se donne les moyens d'y faire entrer des opérateurs locaux, en plaidant pour une politique de préférence nationale dans la commande publique, en pesant sur les conditions de financement auprès des institutions bancaires et de la COBAC, en structurant un dialogue exigeant avec les pouvoirs publics.

Alain-Claude Kouakoua prendra vraisemblablement la tête de la FEG. Il héritera d'une organisation dont le rôle dépasse désormais la simple représentation des intérêts du monde des affaires. Les recettes fiscales que l'État mobilise pour financer ses infrastructures, les emplois formels que le pays cherche à créer, la valeur ajoutée locale que le PNCD ambitionne de générer dans le bois, l'agriculture, la logistique ou le numérique : tout cela repose sur la capacité des entreprises gabonaises et des PME en particulier, à investir, à produire et à se développer. C'est ce chantier-là, au fond, que la FEG est appelée à porter.

Idrissa Diakité

Publié le 11/06/26 18:38

La Rédaction

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