Le premier semestre 2026 de Maurel & Prom, troisième opérateur du pays, confirme la vigueur du cycle pétrolier gabonais, mais il éclaire aussi un déséquilibre. Sur la période, le chiffre d'affaires consolidé du groupe progresse de 27%, porté par un prix de vente moyen du baril en hausse de 46% à 103,8 dollars. Dans le même temps, l'excédent brut d'exploitation bondit de 63% et le résultat net de 78%. Les redevances et taxes liées à l'activité, elles, passent de 34 à 43 millions de dollars, soit une progression de 26%, quasiment alignée sur celle du chiffre d'affaires mais très en retrait notamment de celle du résultat net. Autrement dit, plus le baril grimpe, plus la part de la rente qui échappe à la fiscalité s'élargit mécaniquement.
Ce différentiel n'a rien d'inhabituel dans un contrat de partage de production classique, où une partie significative de la hausse de prix profite en priorité à l'opérateur avant tout ajustement de la formule fiscale. Mais il mérite d'être questionné, semestre après semestre. Une rente qui croît plus vite que la fiscalité qui la capte est un sujet budgétaire de premier plan pour un pays engagé dans des discussions actives avec le FMI et sous surveillance rapprochée des agences de notation.
Le deuxième signal concerne la trajectoire d'investissement à moyen terme. Sur les 10 millions de dollars consacrés par le groupe à l'exploration au premier semestre, seuls 2 millions ont été affectés au Gabon, contre 7 millions pour la Tanzanie, où un puits d'exploration a été lancé en juin. Pour un permis mature comme celui d'Ezanga, ce niveau d'engagement interroge sur le renouvellement des réserves à moyen terme, à un moment où le groupe mobilise par ailleurs 1,33 milliard de dollars pour racheter les actifs colombiens et équatoriens de Gran Tierra Energy. La hiérarchie des priorités d'allocation de capital au sein du groupe ne place pour l'heure pas le Gabon en tête des paris de croissance.
Le troisième point touche directement la trésorerie de l'État. Le rapport de l'opérateur confirme que la créance de TVA de Maurel & Prom sur l'État gabonais continue d'être apurée en nature, par imputation sur les coûts pétroliers récupérables, selon un mécanisme mis en place depuis un accord signé en 2021. Ce dispositif, présenté comme technique, signifie que l'État règle sa dette fiscale envers l'opérateur non pas en devises mais en droits sur la production future, une option qui a un coût d'opportunité réel pour les caisses publiques et qui mériterait d'être quantifiée dans son ampleur cumulée depuis sa mise en place.
Chacun de ces trois éléments reste explicable par des logiques contractuelles ou stratégiques classiques. Par contre, mis bout à bout, ils dessinent la question de savoir si le cadre actuel permet réellement au Gabon de capter une part croissante de la rente lorsque les cours s'envolent, ou si la mécanique contractuelle et fiscale en vigueur limite structurellement cette captation au profit de l'opérateur.
Idrissa Diakité
Publié le 06/08/26 09:25
La Rédaction
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