La séparation de la Société d'Énergie et d'Eau du Gabon en deux entreprises publiques entre désormais dans sa partie financière. Lors de la réunion du 22 septembre 2026 avec l'Association professionnelle des établissements de crédit, le gouvernement a placé au centre des discussions le passif historique de la SEEG, la création éventuelle d'une structure de défaisance, la titrisation et la circularisation des encours bancaires.
Trois mois après la décision de créer Électricité du Gabon et La Gabonaise des Eaux, il s'agit donc désormais de déterminer avec les banques quelles dettes existent réellement et comment elles seront traitées avant la séparation des activités. La création des deux nouvelles sociétés avait été formellement engagée en Conseil des ministres en juin. La " circularisation " doit permettre de rapprocher les comptes de la SEEG de ceux de ses banques créancières afin de confirmer les montants dus.
La structure de défaisance envisagée pourrait ensuite isoler une partie du passif historique afin d'éviter de transférer indistinctement les anciennes dettes vers les deux nouveaux opérateurs. Quant à la titrisation évoquée par le gouvernement, elle consiste généralement à transformer des créances peu liquides en titres financiers. Le Gabon connaît déjà ce type de mécanisme : dans le cadre de l'opération Mouele, 473 milliards FCFA de créances bancaires avaient notamment été convertis en obligations du Trésor à neuf ans portant un taux de 6,99%, selon la Banque mondiale.
L'assainissement intervient sur un terrain financier déjà fortement dégradé. La Banque mondiale relève qu'en 2021, les impayés accumulés envers la SEEG dépassaient 230 milliards FCFA, soit plus d'une année de chiffre d'affaires à l'époque. Sur cette somme, 58,6% étaient attribués à l'État, soit environ 135 milliards FCFA, contre 31,8% pour les particuliers. Ces données historiques ne correspondent pas au montant actuel de la dette bancaire que les autorités cherchent aujourd'hui à établir, mais elles illustrent l'accumulation de créances qui a fragilisé la trésorerie de l'entreprise au fil des années.
À ce passif s'ajoutent les pertes liées au fonctionnement du réseau. La même Banque mondiale estime qu'en 2024, les pertes combinées de transport et de distribution d'électricité atteignaient environ 28 %, représentant près de 45 milliards FCFA par an. La scission ne peut donc pas se limiter à partager les actifs, les salariés et les infrastructures entre l'eau et l'électricité : elle doit également éviter que les deux nouvelles sociétés héritent de charges financières incompatibles avec leur capacité à investir et à assurer le service. Électricité du Gabon et La Gabonaise des Eaux ont été conçues comme deux opérateurs distincts précisément pour séparer des activités aux contraintes techniques et financières différentes.
La réunion avec les banques ouvre ainsi une étape visant à établir le montant consolidé du passif, identifier les créanciers et décider quelle dette restera attachée aux nouvelles sociétés, laquelle sera restructurée et laquelle pourrait être logée dans une structure séparée. Le montant de cette opération n'a pas encore été rendu public. C'est pourtant lui qui permettra de mesurer le coût réel de la réforme pour la SEEG, le système bancaire et, le cas échéant, les finances publiques. La naissance juridique de deux sociétés peut être relativement rapide, mais leur donner des bilans suffisamment assainis pour financer de nouveaux investissements constitue désormais l'équation la plus lourde de la scission.
Idrissa Diakité
Publié le 24/09/26 17:44
La Rédaction
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