La perspective d'une restructuration de la dette gabonaise, longtemps redoutée par les investisseurs, s'estompe à mesure que les résultats de l'audit mené avec l'appui du Fonds monétaire international se précisent. Cet audit qui devrait être rendu public dans les prochains jours, aurait selon plusieurs sources dont Bloomberg, révélé un niveau d'endettement du pays inférieur aux estimations précédentes, une conclusion qui réduit sensiblement les craintes d'un traitement de la dette préalable à l'ouverture d'un nouveau programme avec l'institution de Washington.
Ce constat marque un tournant dans la perception des investisseurs internationaux. Selon Sebastian Vargas, stratège souverain marchés émergents chez Seaport Global Holdings, les résultats de l'audit laissent penser que le Gabon pourrait conclure un accord avec le FMI sans restructuration de sa dette existante. Une lecture partagée par Yvette Babb, gestionnaire de portefeuille chez William Blair BV, pour qui la surperformance récente des obligations gabonaises traduit une confiance croissante des marchés dans cette trajectoire, à rebours du scénario redouté pour le Sénégal.
Le marché a traduit ce changement de perception en termes chiffrés. Le spread souverain du Gabon, selon l'indice obligataire des marchés émergents de JPMorgan Chase & Co., s'est resserré à environ 608 points de base, contre un niveau proche de 1 000 points de base en début d'année, seuil généralement considéré comme signalant une situation de détresse de la dette. Les obligations souveraines gabonaises libellées en dollars ont par ailleurs enregistré un rendement cumulé de 19,5% depuis janvier, selon Bloomberg, une performance qui contraste avec la prudence encore affichée par les agences de notation : Fitch Ratings a maintenu, le 22 mai 2026, la note souveraine du Gabon à CCC- pour sa dette en devises étrangères.
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Ce repositionnement s'appuie également sur un retour concret aux marchés. Le pays a levé, le 30 juillet 2026, un eurobond de 920 millions de dollars, soit 22,7% de plus que l'objectif initial de 750 millions, avec un carnet d'ordres ayant dépassé le milliard de dollars. L'opération, structurée par AFG Capital Ltd en qualité de conseiller financier exclusif de l'État gabonais, avec Cygnum Capital et Citigroup Global Markets comme arrangeurs, porte un coupon de 9,375% sur une maturité de sept ans à échéance 2033. Le gouvernement a présenté cette sursouscription comme un signal de confiance renouvelée envers la trajectoire de réformes engagée dans le cadre du Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030.
L'écartement du scénario de restructuration reste toutefois conditionnel. Il dépendra de la confirmation, par l'audit final, des chiffres préliminaires sur le niveau d'endettement, ainsi que de l'issue des discussions techniques avec le FMI, dont une mission est attendue à Libreville en septembre, avec pour objectif la conclusion d'un programme économique et financier avant la fin de l'année 2026. Une équation budgétaire elle-même sous tension : la loi de finances rectificative 2026 a ramené les prévisions de recettes à 3 240 milliards FCFA en repli de 22% sur le cadrage initial, tandis que les charges d'intérêts atteignent désormais 487,6 milliards FCFA.
Fanuelle YAO
Publié le 11/08/26 16:50
La Rédaction
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