Le mouvement d'amélioration observé par Moody's en Afrique subsaharienne ne devrait pas profiter au Gabon dans les mêmes proportions. Alors que l'agence vient de relever à positive la perspective générale des souverains de la région, elle classe Libreville avec le Botswana parmi les pays où la dette publique devrait enregistrer les plus fortes augmentations. Pour le Gabon, Moody's pointe directement les difficultés rencontrées pour contenir les dépenses publiques, au moment où la tendance régionale va plutôt vers une stabilisation puis une baisse de l'endettement.
Le contraste est marqué. Moody's prévoit que la dette publique des pays d'Afrique subsaharienne qu'elle suit reviendra en moyenne de 62,4% du PIB en 2025 à 56,6% en 2027, soit une diminution de 5,8 points en deux ans. Dans le même temps, les besoins annuels de financement des États, entre déficits budgétaires et dette arrivant à échéance, devraient baisser de 12,3% du PIB en 2025 à 11,2% en 2027. Mais cette amélioration moyenne masque plusieurs trajectoires divergentes, dont celle du Gabon, explicitement identifié parmi les pays où la pression de la dette devrait continuer de s'accentuer.
Cette appréciation intervient quelques semaines après la publication de l'audit de la dette gabonaise. Le gouvernement a arrêté à 9 524,643 milliards FCFA le montant de la dette et des autres sommes exigibles de l'État au 31 décembre 2025, contre une première estimation proche de 11 700 milliards. Rapporté à un PIB rebasé à 13 822 milliards FCFA, ce montant représente 68,91 % du PIB. La baisse par rapport à l'estimation initiale résulte cependant d'opérations de vérification, de correction et de reclassement et non d'un remboursement de 2 175 milliards FCFA de dette.
Moody's surveillait déjà cette trajectoire avant son analyse régionale. En juin, l'agence avait abaissé de stable à négative la perspective du Gabon tout en maintenant sa notation souveraine à Caa2, invoquant d'importants besoins de financement, un accès au crédit encore contraint et le risque d'une progression supplémentaire de la dette. Depuis, Libreville a poursuivi les discussions avec le FMI et présenté un projet de budget 2027 qui prévoit notamment 1 144 milliards FCFA de financements sur les marchés internationaux, dans un contexte où les charges liées à la dette occupent une place croissante dans les comptes publics.
Le Gabon fait ainsi partie d'un groupe réduit de pays qui restent à contre-courant de l'amélioration régionale. Sur les 25 souverains d'Afrique subsaharienne notés par Moody's, huit disposent d'une perspective positive, treize d'une perspective stable et seulement quatre d'une perspective négative : Maurice, le Gabon, le Mali et le Sénégal. Pour Libreville, l'enjeu ne se limite donc plus à établir le montant exact de la dette. Il porte désormais sur la capacité à ralentir sa progression, contenir les dépenses et réduire les besoins de refinancement afin que l'amélioration des conditions observée ailleurs sur le continent puisse également se traduire dans son appréciation du risque souverain.
Idrissa Diakité
Publié le 07/10/26 15:20
La Rédaction
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