Gabon: Pourquoi Libreville avance vers le FMI sans formaliser de demande officielle de programme
Depuis plusieurs mois Libreville multiplie les signaux d'ouverture envers le Fonds monétaire international, sans toutefois déposer de demande formelle de programme. Le dernier en date, ce 21 janvier, avec une annonce d'accompagnement du Fonds concernant la mise en œuvre du programme de croissance (PNDC). Cette posture intermédiaire s'apparente moins à une hésitation qu'à une stratégie. Et pour cause, Libreville cherche selon des sources proches du ministère de l'Économie, à réactiver le cadre FMI comme ancrage de crédibilité, sans s'enfermer immédiatement dans des conditionnalités contraignantes, alors que les besoins de financement augmentent et que l'accès aux marchés demeure fragile.
En effet, sur les vingt dernières années, la relation Gabon-FMI s'est avérée pesante pour les finances publiques du pays : plus de 1,6 milliard de dollars mobilisés, soit près de 1 000 milliards FCFA, à travers accords de confirmation, mécanisme élargi de crédit et financements d'urgence. Ces éléments confirment que le FMI est déjà un acteur central de la trajectoire macroéconomique gabonaise. Pourquoi donc temporiser ? Parce que les marchés regardent désormais autant le cadre que le contenu. Aujourd'hui, la dette gabonaise, chiffrée à 8606,6 milliards FCFA fin octobre 2025, est plus chère à refinancer, la liquidité régionale est sous tension et les investisseurs exigent un signal clair de discipline macroéconomique. La simple perspective d'un programme FMI agit déjà comme un stabilisateur de perception, sans que l'État n'ait encore à accepter un ajustement formel immédiat sur les dépenses, les subventions ou la masse salariale.
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L'expérience passée explique aussi cette prudence. Les revues FMI ont souvent buté sur les mêmes failles : retards dans les réformes structurelles, écarts entre budget voté et exécution réelle, gouvernance incomplète des entreprises publiques, arriérés intérieurs récurrents. Plusieurs décaissements ont été différés. Au final, malgré près de 1 000 milliards FCFA mobilisés, la transformation structurelle de l'économie est restée partielle. Libreville veut éviter un programme qui reproduirait ce cycle sans gains durables. D'où la volonté émise ces derniers mois, d'un programme taillé sur mesure.
Le timing est également un élément à prendre en compte. Un porte-parole du FMI a récemment indiqué à l'agence Reuters que la nouvelle administration gabonaise a " renforcé son engagement " avec le Fonds à la suite du dernier remaniement gouvernemental. Le départ d'Henri Claude Oyima, marque donc sans la vouloir une inflexion. La nouvelle équipe économique privilégierait plutôt une approche graduelle. Au regard de tous ces éléments, il apparaît donc que le Gabon, loin de fuir le FMI, négocie à son rythme.
Idrissa Diakité
Publié le 26/01/26 13:56
La Rédaction
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CEMAC