Après les pénuries de carburant qui ont paralysé une partie du Grand Libreville début octobre, le gouvernement gabonais engage une réorganisation de son dispositif national d'approvisionnement en produits pétroliers. Lors du Conseil des ministres du 8 octobre 2026, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a demandé la préparation d'un programme reposant sur trois priorités : le renforcement des stocks de sécurité, la modernisation de la Société gabonaise de raffinage (SOGARA) et la construction d'une nouvelle raffinerie. Cette orientation s'accompagne d'un renouvellement des responsables du secteur, notamment à la Société gabonaise d'entreposage de produits pétroliers (SGEPP). L'État cherche ainsi à réduire la vulnérabilité du pays aux perturbations des importations, alors même que le Gabon figure parmi les producteurs de pétrole d'Afrique centrale.
La constitution de réserves suffisantes apparaît comme l'un des principaux enjeux de cette réorganisation. Selon les données communiquées en novembre 2025 par l'ancienne direction de la SGEPP, le dépôt d'Owendo dispose d'une capacité nominale de 36 500 m³ de carburant, correspondant à une autonomie moyenne de 16 jours, contre 35 jours pour celui de Moanda. Ces capacités ont été particulièrement sollicitées lors de la crise du début octobre, lorsque la diminution des stocks disponibles chez les distributeurs a entraîné des restrictions de vente et de longues files d'attente. L'arrivée du navire Savanan, transportant environ 30 000 m³ de produits pétroliers, le 4 octobre à Owendo, a permis de relancer progressivement les livraisons. Le gouvernement entend désormais renforcer les réserves stratégiques afin de disposer de davantage de marges en cas de retard des cargaisons ou de perturbations des circuits d'importation.
Le deuxième chantier concerne les capacités nationales de raffinage. Le gouvernement veut engager la modernisation de la SOGARA, qui assure une partie de l'approvisionnement du marché intérieur, tout en lançant les études préparatoires à la construction d'une nouvelle raffinerie. L'objectif est d'améliorer les capacités de transformation du pétrole brut et de réduire la dépendance aux produits pétroliers importés. En effet, les perturbations des marchés internationaux, notamment celles liées aux tensions au Moyen-Orient, ont rappelé les risques auxquels reste exposé le pays. Le président de la République a demandé au gouvernement de présenter un programme assorti d'un calendrier d'exécution et d'un plan de financement réalistes. Cette orientation place la modernisation des installations existantes et le développement de nouvelles capacités industrielles au cœur de la politique d'approvisionnement énergétique.
Cette réorganisation s'accompagne également de changements à la tête des entreprises chargées du stockage et de la distribution. Lors du Conseil des ministres du 15 octobre, Patrick Michel Akoma Nze a été nommé directeur général de la SGEPP, en remplacement d'Yvon Guy Donat Tchicot, qui dirigeait l'entreprise depuis octobre 2023. Ancien directeur d'exploitation, le nouveau responsable prend les commandes d'une société dont les installations d'Owendo et de Moanda occupent une place essentielle dans l'approvisionnement national. La SGEPP avait déjà inscrit à son programme d'investissement 2026 la rénovation de ses dépôts, le remplacement des équipements vieillissants et l'amélioration des dispositifs de sécurité. Sa nouvelle direction devra accompagner ces travaux tout en assurant une meilleure continuité des opérations de stockage et de livraison des carburants et du gaz domestique.
Au-delà des infrastructures, l'État doit également faire face au poids financier croissant du soutien aux prix des carburants. Selon le Conseil des ministres du 8 octobre, la facture de stabilisation des prix à la pompe a atteint 30 milliards FCFA en septembre 2026, contre 7 à 9 milliards FCFA par mois avant la guerre en Ukraine. Cette dépense mobilise des ressources budgétaires considérables, alors que le gouvernement doit parallèlement financer la modernisation de la SOGARA, le renforcement des capacités de stockage et les études pour une nouvelle raffinerie. L'exécutif a ainsi engagé une réflexion sur la réduction progressive, voire la suppression à terme, du mécanisme de stabilisation des prix. La riposte aux pénuries repose désormais sur deux impératifs : sécuriser durablement l'approvisionnement du pays et réduire le coût que représente le système actuel pour les finances publiques.
Idrissa Diakité
Publié le 17/10/26 12:58
La Rédaction
SN
CEMAC