Un projet de brasserie locale porté par Minko Beer, marque fondée en 2019, basée en France mais détenue par un gabonais qui assume un positionnement artisanal, est en train d'émerger à Libreville. S'inscrivant dans un marché gabonais des boissons arrivé à maturité, mais encore porteur en volumes comme le démontrent les données sectorielles les plus récentes de la DGEPF, avec la branche boissons gazeuses et alcoolisées qui a enregistré en 2024 une production de 3,41 millions d'hectolitres, ce projet vise notamment la création d'au moins 500 emplois à moyen terme.
En effet, la bière reste le premier segment de production dans ce secteur des boissons avec 2,14 millions d'hectolitres en 2024, devant les boissons gazeuses (1,14 million hl). En valeur, le chiffre d'affaires sectoriel ressort à 192,8 milliards FCFA en 2024. Cette configuration profite historiquement à un acteur intégré : Castel, via sa filiale Sobraga. L'opérateur concentre l'outil industriel et la distribution, avec pas moins de 16 lignes d'embouteillage, 28 marques, 124 références et environ 2 000 emplois, pour des volumes affichés à 4,5 millions d'hectolitres (ensemble des boissons).
C'est dans ce cadre économique que veut se positionner Minko Beer. Le projet vise la création d'une capacité industrielle locale, avec un objectif annoncé jusqu'à 500 emplois directs et indirects à terme. Le passage d'un modèle artisanal développé hors du pays à une unité locale suppose un changement d'échelle : investissements productifs, sécurisation des approvisionnements, maîtrise des coûts unitaires, accès aux réseaux de distribution. C'est dans cette perspective que s'est inscrite l'audience accordée par le président Oligui Nguéma, à Prince Arnaud Obiang Minko, PDG de la Société Artisanale des Boissons du Gabon.
Cependant, la portée du projet Minko Beer dépendra de sa capacité à s'inscrire dans la dynamique réelle du marché. En 2024, la progression des volumes conjuguée au repli de la valeur souligne un secteur où la concurrence se joue désormais sur la maîtrise des coûts, la logistique et l'atteinte d'une taille critique. L'intérêt économique du projet tient aussi au fait qu'il n'est pas isolé. Un autre acteur entièrement local, Timba Beer, affiche également des ambitions industrielles dans la filière brassicole. La coexistence de plusieurs initiatives locales pourrait, à moyen terme, structurer une émulation productive, susceptible de renforcer l'intégration locale, de soutenir l'emploi et d'introduire de nouvelles dynamiques concurrentielles dans un secteur longtemps dominé par un acteur intégré.
Idrissa Diakité
Publié le 01/02/26 13:59
La Rédaction
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