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Ghana : Les acheteurs de cacao croulent sous 750 millions USD de dettes bancaires

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Au Ghana, les acheteurs de cacao agréés accumulent entre 650 et 750 millions de dollars (417 milliards FCFA), de dettes auprès des banques locales, révélant une crise de liquidité profonde qui fragilise toute la chaîne d'approvisionnement du deuxième producteur mondial de cacao, après la Côte d'Ivoire.

Le secteur cacaoyer traverse en effet une tempête ayant trois sources fondamentales, rapportes des sources, dont reuters. Il s'agit primo de deux mauvaises récoltes consécutives, liées notamment au virus du gonflement des pousses et à des conditions climatiques défavorables. Secundo, de l'effondrement des prix mondiaux, passés d'un pic d'environ 12 000 dollars la tonne en 2024 à près de 4 000 dollars aujourd'hui, sur fond de demande atone et d'anticipation d'une amélioration de l'offre. Et tertio, des stocks invendus importants au Ghana et en Côte d'Ivoire, qui produisent ensemble près de la moitié du cacao mondial.

Dans ce contexte, les acheteurs ont livré environ 580 000 tonnes de fèves au Ghana Cocoa Board (Cocobod), régulateur de la filière, cette saison, mais attendent toujours le paiement intégral. Près de 70 000 tonnes supplémentaires restent encore dans les champs. Les professionnels du secteur accusent Cocobod d'avoir orienté une partie de ses ressources vers des dépenses jugées non essentielles, notamment des projets d'infrastructures routières, au détriment du financement des achats de fèves. Contraints de préfinancer les récoltes des producteurs, les acheteurs se sont tournés massivement vers les banques commerciales. Cette situation crée un double effet d'étau : pression sur la trésorerie des opérateurs et exposition accrue du système bancaire.

L'Association des banques du Ghana a confirmé son exposition à ces créances. Si certains prêts ont déjà été restructurés, aucune menace systémique immédiate n'est signalée. Le système bancaire reste toutefois sous tension. La situation est d'autant plus délicate que les établissements financiers sortent à peine du Programme d'échange de la dette intérieure (DDEP) de 2023, qui avait converti de nombreux instruments à court terme, dont les bons cacao de Cocobod, en obligations plus longues à taux réduits. Cette restructuration avait érodé les fonds propres et nécessité des recapitalisations coûteuses.

Face à la dégradation des finances du secteur, le gouvernement a pris plusieurs mesures, à savoir la réduction du prix producteur, désormais fixé à 3 580 dollars la tonne, pour environ 100 000 tonnes, afin de restaurer la compétitivité du cacao ghanéen. Ensuite l'annonce d'un nouveau programme national de financement du cacao, qui pourrait inclure des obligations dédiées pour améliorer la trésorerie du secteur.

Le cacao représente une source essentielle de devises pour le Ghana. Sa fragilisation met en lumière les vulnérabilités structurelles de l'économie d'exportation ouest-africaine : dépendance à une matière première, exposition aux aléas climatiques et forte sensibilité aux cycles mondiaux. Au-delà des chiffres, la crise touche des centaines de milliers de petits exploitants agricoles dont les revenus dépendent directement des flux de paiement. Une défaillance prolongée pourrait amplifier les tensions sociales et freiner la reprise économique du pays.

Publié le 26/02/26 16:32

Narcisse Angan

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