Par une décision stratégique aux implications économiques majeures, le Parlement du Ghana a ratifié la prolongation des accords pétroliers couvrant les champs offshore Jubilee et Tweneboa-Enyenra-Ntomme (TEN) jusqu'au 31 décembre 2040. Cette validation offre une visibilité de long terme à Tullow Oil plc, groupe pétrolier britannique, et à ses partenaires, tout en consacrant un rééquilibrage progressif en faveur de l'État ghanéen à mesure que ces gisements arrivent à maturité.
La ratification rend pleinement exécutoires les prolongations des accords West Cape Three Points (WCTP) et Deep Water Tano (DWT), piliers de la production pétrolière offshore du Ghana. Depuis l'entrée en production de Jubilee en 2010 et de TEN en 2016, ces actifs ont généré plusieurs milliards de dollars de recettes pour l'économie nationale. Leur sécurisation jusqu'en 2040 ouvre désormais la voie à de nouveaux cycles d'investissement, notamment le forage de puits additionnels et l'optimisation de la récupération des réserves.
Participation accrue de l'État, sans pression budgétaire immédiate
Au cœur du compromis, figure l'augmentation de la participation de la Ghana national petroleum corporation (GNPC), la compagnie publique pétrolière ghanéenne. À compter du 20 juillet 2036, la société nationale verra sa part croître de 10 points de pourcentage, les participations des partenaires privés étant diluées au prorata. Une architecture jugée équilibrée. Elle permet à l'État de capter une part plus importante des revenus futurs, sans mobilisation immédiate de ressources budgétaires, tout en préservant l'attractivité économique des projets.
Au-delà des licences, l'accord redéfinit en profondeur les conditions d'approvisionnement en gaz, longtemps source de tensions entre Accra et l'amont pétrolier. Les parties se sont entendues sur un prix progressif de 2,5 dollars par mmbtu, pour le gaz de Jubilee sur toute la période prolongée, assorti d'un mécanisme de garantie de paiement. Un protocole d'accord encadre également un approvisionnement potentiel en gaz issu de TEN.
Cette avancée est cruciale pour Tullow. Fin 2025, les créances nettes du gouvernement ghanéen envers l'opérateur atteignaient environ 225 millions de dollars, dont une part significative liée aux impayés de gaz. La mise en place d'un dispositif de sécurisation des paiements améliore la visibilité sur les flux de trésorerie et réduit un risque structurel qui pesait sur l'investissement en amont.
Un signal fort pour l'investissement et la production
Pour le directeur général de Tullow, Ian Perks, la ratification ‘'sécurise notre position opérationnelle à long terme et crée un environnement d'investissement stable, tout en garantissant la sécurité des paiements pour le gaz''. Dans les faits, le groupe consolide son recentrage stratégique sur le Ghana, après des cessions d'actifs au Gabon et au Kenya. Tullow prévoit pour 2026 une production comprise entre 34 000 et 42 000 barils équivalent pétrole par jour, soutenue par des investissements estimés à 200 millions de dollars et la mise en production de nouveaux puits.
À plus long terme, la prolongation des licences pourrait se traduire par un investissement cumulé avoisinant 2 milliards de dollars, notamment via le programme de forage additionnel sur Jubilee. Pour Accra, l'enjeu dépasse la seule continuité de la production. L'accord illustre une stratégie graduelle visant à renforcer la souveraineté économique sur les ressources naturelles, sans rompre l'équilibre contractuel nécessaire à l'engagement du capital privé.
Publié le 21/02/26 16:01
Narcisse Angan
SN
CEMAC