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Guinée équatoriale : surfacturations, litiges et rupture de contrat autour d’un projet autoroutier de 35 km vieux de près d’une décennie

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L'autoroute Malabo–Luba illustre les fragilités structurelles de la gestion des grands projets publics en Guinée équatoriale. Retards prolongés, soupçons de surfacturation, contentieux financiers et remise en cause du cadre contractuel rythment ce chantier routier lancé il y a plus d'une décennie et toujours inachevé.

Dans un contexte où le gouvernement a fait de l'achèvement des projets en suspens une priorité nationale, de nouveaux éléments viennent alourdir le dossier. Selon les conclusions de la commission de suivi de l'exécution des projets nationaux, présentées lors d'une réunion multisectorielle tenue mardi, l'état d'avancement du chantier confié à l'entreprise OAS Guinée équatoriale (OAS-GE) oscille entre 40 % sur le plan physique et 70 % sur le plan financier. Un écart significatif qui traduit une faible corrélation entre les montants engagés et les travaux effectivement réalisés : alors que 70 % des crédits ont été consommés, seulement 12 % du tracé a reçu une première couche d'asphalte.

À ces déséquilibres s'ajoute un contentieux financier émergent. La présidence de la République indique qu'une délégation d'une entreprise française — dont l'identité n'a pas été révélée —, se prévalant d'un lien avec OAS Guinée équatoriale, s'est rendue à Malabo pour réclamer au gouvernement une créance de 26 milliards de FCFA. Cette somme correspondrait, selon ses représentants, à des travaux déjà exécutés par OAS-GE. Face à cette revendication, la commission a décidé d'approfondir ses investigations afin de clarifier les relations entre OAS-GE — créée en 2012 avec une participation de 40 % de partenaires nationaux —, le groupe OAS au Brésil et la société française à l'origine de la demande.

Ces investigations interviennent alors que les audits techniques menés par les entreprises de supervision ont déjà mis en évidence des cas de surfacturation et permis de réévaluer le coût réel du projet. Parallèlement, les autorités soupçonnent une cession d'actions au sein d'OAS-GE réalisée en violation du droit préférentiel des actionnaires nationaux, tel que prévu par la réglementation de l'OHADA, cadre juridique applicable à l'entreprise.

Arriérés salariaux et fiscaux

La situation financière de l'entreprise constitue un autre motif de préoccupation. D'après un compte rendu publié par la présidence de la République, OAS-GE cumule 1,122 milliard de FCFA d'arriérés au titre des indemnités de fin de contrat dues aux employés, ainsi que 1,1 milliard de FCFA d'obligations fiscales impayées. À cela s'ajoute un crédit de 600 millions de FCFA contracté auprès de BGFIBank. Dans ce contexte, la commission a décidé de maintenir le dialogue avec les partenaires brésiliens de l'entreprise afin de clarifier les responsabilités financières et contractuelles liées à l'exécution du projet.

Vers une rupture contractuelle et une recomposition du projet

Face aux manquements constatés, l'exécutif envisage désormais une rupture du contrat initial. Dès novembre 2024, le vice-président Teodoro Nguema Obiang Mangue avait instruit la réalisation d'une étude sur les coûts réels nécessaires à l'achèvement des travaux, en vue d'un éventuel transfert du projet à un nouveau prestataire. Dans le même temps, les avocats de l'État avaient été chargés d'examiner les clauses contractuelles afin d'évaluer les possibilités de résiliation sans préjudice pour les finances publiques.

Cette orientation a commencé à se concrétiser en juillet 2025 avec la signature d'un nouvel accord avec l'entreprise China Road pour l'asphaltage des lots 1 et 3 de l'autoroute. La cérémonie, présidée par le vice-président de la République, a réuni le Bureau d'État pour la planification, le suivi et le contrôle des projets, le ministère des Travaux publics ainsi que les représentants de la société chinoise.

En parallèle, le projet a fait l'objet d'un important recalibrage financier. Initialement estimé à 222 milliards de FCFA pour l'ensemble des trois tronçons, son coût a été ramené à 49,4 milliards de FCFA après réévaluation technique et renégociations, soit une réduction de 172,6 milliards de FCFA, selon les données officielles.

Malgré ces ajustements, les incertitudes persistent quant au coût final d'achèvement. Une étude mandatée par les autorités évoque encore un besoin de financement supplémentaire. " Selon leurs conclusions, le projet nécessite encore environ 40 milliards de FCFA, hors marge bénéficiaire de l'entrepreneur ", a indiqué la commission lors d'une réunion au palais présidentiel.

Sur le terrain, l'infrastructure reste largement inachevée. Longue d'environ 35 kilomètres, l'autoroute Malabo–Luba est à l'arrêt depuis 2018, cristallisant les défis persistants de gouvernance, de transparence et de pilotage des grands projets publics dans le pays.

 

Perton Biyiha

Publié le 10/04/26 09:01

La Rédaction

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