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Le ''Consensus d’Abidjan'', nouvelle boussole de la souveraineté financière africaine

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Au terme d'une journée marathon qui a réunion l'écosystème financier africains et décideurs publics sous l'égide de la BAD ce 9 avril à Abidjan, une étape politique et stratégique majeure a été franchie : poser les bases d'une reprise en main du financement du développement africain. La rencontre s'est conclue par l'adoption du " Consensus d'Abidjan ", désormais érigé en cadre de référence pour la Nouvelle Architecture Financière Africaine (NAFA).

Derrière ce texte, un constat s'impose : la question du financement en Afrique est indissociable d'un enjeu de souveraineté. Dans un contexte de recul de l'aide publique au développement et de durcissement des conditions financières internationales, le continent reste dépendant de mécanismes, de perceptions du risque et de flux de capitaux largement définis hors de lui. Une situation en décalage avec ses ambitions, portées notamment par l'Agenda 2063 et la montée en puissance de la ZLECAf.

Le Consensus d'Abidjan propose ainsi un changement de paradigme : passer d'une logique de dépendance financière à une logique d'organisation souveraine du capital. L'enjeu n'est plus en effet uniquement de mobiliser des ressources, mais de structurer un système capable d'orienter efficacement l'épargne africaine vers ses propres priorités de développement. L'Afrique doit cesser d'être un espace de transit pour les capitaux et devenir espace d'ancrage, avait laissé entendre en matinée l'économiste Carlos Lopes. 

Voir aussi - Afrique : A Abidjan, le paradoxe d'un continent riche en capital mais pauvre en financement

Dans cette perspective, fonds de pension, assureurs, fonds souverains ou banques locales sont appelés à jouer un rôle accru dans le financement des économies africaines, à travers des instruments adaptés et des infrastructures de marché capables d'opérer à grande échelle. En filigrane, l'objectif est de réduire la fuite du capital et de renforcer l'ancrage local de l'investissement.

Mais cette ambition se heurte à un obstacle majeur : le coût du capital, structurellement élevé sur le continent. Pour y répondre, le "Consensus" met l'accent sur la mise en place de mécanismes africains de partage des risques et de garantie. En internalisant davantage la gestion du risque, les signataires entendent corriger une prime largement influencée par des perceptions externes, et ainsi rétablir des conditions de financement plus favorables.

L'intégration des marchés de capitaux constitue l'autre pilier de cette stratégie. Harmonisation réglementaire, développement d'instruments en monnaie locale, facilitation des cotations transfrontalières : autant de leviers destinés à fluidifier la circulation du capital à l'échelle continentale et à renforcer la capacité de refinancement des économies africaines.

Au-delà des outils, le texte insiste sur la finalité politique de cette nouvelle architecture. La souveraineté financière est envisagée comme un instrument au service de la transformation structurelle : création d'emplois, insertion des jeunes, autonomisation économique des femmes et développement de secteurs clés à savoir l'énergie, les infrastructures, l'agriculture, l'industrie ou encore le numérique.

Le "Consensus d'Abidjan" identifie également un verrou opérationnel : l'insuffisance de projets bancables. Pour y remédier, il appelle à une préparation plus coordonnée des projets, fondée sur des standards communs et des plateformes d'origination partagées, afin d'aligner plus efficacement l'offre d'investissements avec les attentes des investisseurs.

Enfin, la crédibilité de cette nouvelle boussole repose sur sa mise en œuvre. Le texte prévoit ainsi un mécanisme permanent de coordination et de suivi, confié à la Banque africaine de développement, afin d'inscrire cette dynamique dans la durée et d'éviter l'écueil des réformes sans effets concrets.

En creux, le message adressé aux partenaires internationaux est clair : l'Afrique entend redéfinir les termes de son insertion dans le système financier mondial. Non plus comme un simple réceptacle de capitaux, mais comme un acteur capable d'en organiser les flux selon ses propres priorités.

Avec le "Consensus d'Abidjan", le continent ne se contente plus de diagnostiquer ses fragilités : il esquisse une trajectoire. Reste désormais à traduire cette ambition en instruments opérationnels, condition indispensable pour transformer cette boussole en véritable levier de souveraineté économique.

Publié le 10/04/26 12:41

Jean Mermoz Konandi

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