menu mobile
L’information économique au cœur des marchés africains

La Banque mondiale mise sur le capital privé pour sauver 800 millions d’emplois

BRVMC0000000 - BRVMC
La BRVM Ferme dans 0h26min

Les chiffres ont la brutalité des évidences. D'ici 15 ans, 1,2 milliard de jeunes frapperont à la porte du marché du travail, qui n'en accueillera qu'environ 400 millions. Entre ces deux colonnes, un gouffre de 800 millions d'emplois.

C'est à ce vertige arithmétique que s'est attaqué Ajay Banga, le président du Groupe de la Banque mondiale, lors de la séance plénière des Assemblées annuelles, le 16 octobre à Bangkok. Sa réponse tient en une ligne : faire d'un dollar public l'étincelle de plusieurs dollars privés.

Un effet de levier triplé en 4 ans

La démonstration repose sur un résultat. Lors de l'exercice 2022, l'institution mobilisait environ 35 milliards de dollars de capitaux privés. Elle en a levé 112 milliards l'an dernier, soit 3 fois plus. Ajoutés à ses propres financements, le total dépasse 230 milliards de dollars. L'élan est quasi général : le volume a presque triplé dans les pays à revenu intermédiaire inférieur, quadruplé dans ceux de la tranche supérieure et plus que doublé en Afrique. Les investisseurs de 110 pays ont répondu présent, avec en tête les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Inde, mais aussi la Roumanie, le Chili, la Pologne ou le Brésil.

Une zone d'ombre subsiste toutefois. Dans les pays à faible revenu, là où les capitaux commerciaux se montrent les plus frileux, la mobilisation a stagné. D'où la stratégie dévoilée cette semaine en faveur des micro, petites et moyennes entreprises (MPME), censée irriguer les économies les plus fragiles, où les grands groupes n'ont pas encore pris racine.

Une machine remise en état de marche

Pour y parvenir, l'institution a d'abord dû se réformer. La préparation d'un projet est passée de 19 à 9 mois. Les indicateurs de performance ont été ramenés de 153 à 22, recentrés sur l'impact. Les financements conditionnés aux résultats couvrent désormais près de la moitié du portefeuille, contre un tiers auparavant. Surtout, un réaménagement du bilan a relevé de plus de 100 milliards de dollars la capacité de prêt de la BIRD (la branche qui finance les pays à revenu intermédiaire) sur une décennie.

La coopération entre banques de développement s'intensifie. La plateforme de cofinancement compte environ 250 projets, soit le triple en 2 ans, en quête de 138 milliards de dollars.

3 piliers pour créer des emplois

La stratégie pour l'emploi s'articule autour de 3 leviers. Le premier concerne les infrastructures, physiques comme humaines : électricité, eau, transports, mais aussi santé et formation. Elles ont absorbé 40 milliards de dollars l'an dernier, près d'un tiers des financements. Le deuxième vise la prévisibilité des règles, du permis de construire au régime foncier : 30% des financements au secteur public ont soutenu des réformes. Le troisième réduit les risques qui freinent les investisseurs, via des garanties, des prises de participation et des prêts en monnaie locale, ce qui protège les prêteurs contre les aléas de change.

Près de 55% des financements et capitaux mobilisés ont irrigué les secteurs jugés les plus créateurs d'emplois : énergie et infrastructures, agro-industrie, santé, tourisme, industrie à valeur ajoutée. Les co-bénéfices climatiques atteignent 96 milliards de dollars, dont 48 milliards d'origine privée.

Des cibles chiffrées à l'horizon 2030

Chaque secteur dispose de son objectif.

Au niveau de l'énergie, Mission 300 vise 300 millions d'Africains raccordés à l'électricité d'ici 2030. Le compteur affiche à ce jour 59 millions, avec une nette accélération : 12 millions en 2024, 18 millions en 2025, 29 millions l'année d'avant. Le mix reste volontairement pragmatique (renouvelables, hydroélectricité, gaz, nucléaire), avec, fait notable, un soutien à la modernisation de centrales nucléaires aux côtés de l'AIEA, une première en 50 ans.

Concernant le secteur de l'eau, un milliard de personnes doivent bénéficier d'une meilleure sécurité hydrique, dont 400 millions pour le Groupe. Vingt pactes nationaux sont signés, vingt autres en préparation.

Quant au secteur agricole, sur 300 millions de petits exploitants à faire passer de la subsistance à l'excédent, le Groupe en revendique 200 millions. Le portefeuille d'AgriConnect couvre déjà 82 millions d'agriculteurs.

Au niveau de la santé, l'initiative HealthWorks entend offrir à 1,5 milliard de personnes des soins abordables. Environ 600 millions en ont déjà profité.

En ce qui concerne les minéraux critiques, les activités seront multipliées par 5 en 5 ans, avec 20 pays pressentis.

Enfin, 52 projets ont été lancés l'an dernier, contre 20 il y a 3 ans au niveau des corridors économiques.

L'intelligence artificielle à l'échelle des pays pauvres

Le discours écarte les modèles géants, trop gourmands en puissance de calcul, en énergie et en compétences pour de nombreux pays. Il leur préfère des ‘'petites IA'' aux usages concrets : conseiller un agriculteur sur ses rendements, aider un enseignant à adapter ses cours, éclairer un soignant dans ses décisions. L'enjeu est d'abord d'équiper ces pays en électricité et en connectivité.

Le pari final, transformer les prêts en actifs négociables

Reste le verrou principal. Un dollar investi dans une centrale est immobilisé pour des décennies, donc indisponible pour l'adduction d'eau suivante. Or les fonds de pension, assureurs et fonds souverains détiennent d'immenses capitaux patients. Six banques multilatérales élaborent des méthodes communes pour évaluer, structurer et céder les projets, de sorte qu'un investissement financé aujourd'hui soit repris demain par un autre investisseur. Le capital libéré repart aussitôt vers un nouveau chantier. Si le modèle se généralise, il pourrait donner naissance à une classe d'actifs à part entière, dédiée au développement des marchés émergents.

Pour appuyer cette offensive, l'institution renforce sa présence à New York, Francfort, Milan et Tokyo, au plus près des investisseurs.

Ajay Banga a conclu en rappelant que le déficit d'emplois ‘'est une projection, pas une fatalité''. Reste à vérifier que le capital privé, désormais courtisé avec méthode, répondra aussi là où le risque est le plus élevé.

Publié le 20/10/26 13:00

Dr Ange Ponou

SOYEZ LE PREMIER A REAGIR A CET ARTICLE

Pour poster un commentaire, merci de vous identifier.

gIJ1dogKVRwJZTMDdhW4cxccGWdXsFd3NrqrQB2RjFY False