De gauche à droite : Tsutomu Yamamoto, directeur général de la MIGA ; Sir Danny Alexander, PDG du département Financement des infrastructures et développement durable de HSBC ; Makhtar Diop, directeur général de l'IFC
Face à un déficit mondial du financement du commerce estimé à 2 500 milliards de dollars, le Groupe de la Banque mondiale muscle son dispositif pour fluidifier les échanges et soutenir l'emploi dans les pays à revenu faible et intermédiaire. À Washington, l'institution a dévoilé un nouveau cadre destiné à élargir les garanties de la MIGA dans le Programme mondial de liquidités pour le commerce (GTLP), piloté par la Société financière internationale (IFC).
Ce mécanisme marque une évolution du dispositif en renforçant les capacités de financement du commerce via un meilleur partage des risques entre institutions publiques et banques commerciales internationales.
Un levier de 500 millions USD de garanties supplémentaires
Au cœur du dispositif, la MIGA apportera jusqu'à 500 millions de dollars de garanties additionnelles, activables au cas par cas, pour couvrir le risque de non-paiement des banques publiques dans les pays en développement. Ces banques jouent un rôle central dans le financement du commerce de court terme, en particulier pour les petites et moyennes entreprises (PME).
Ce nouveau cadre élargit ainsi l'accès au financement pour les acteurs publics et privés, tout en augmentant le nombre de banques participantes au GTLP. L'objectif est double : réduire les tensions sur les chaînes d'approvisionnement et combler un déficit structurel de liquidité commerciale.
HSBC, partenaire clé d'un système global de financement
Première opération approuvée dans ce nouveau cadre, un partenariat avec HSBC traduit la portée internationale du dispositif. La banque britannique, acteur majeur du commerce mondial, a facilité près de 900 milliards de dollars d'échanges commerciaux l'an dernier, confirmant son rôle central dans les flux commerciaux globaux.
L'architecture du programme repose sur une logique de cofinancement et de partage des risques entre la Banque mondiale, les banques publiques des pays en développement et les institutions financières privées.
Les PME au cœur de la stratégie de développement
Pour Makhtar Diop, directeur général de l'IFC, le financement du commerce reste un levier essentiel de croissance inclusive. Il souligne que ‘'les PME sont le moteur de la création d'emplois dans les marchés émergents'', mais qu'elles demeurent confrontées à un accès limité aux instruments de financement.
Le nouveau cadre vise précisément à ‘'débloquer les fonds de roulement dont les entreprises ont besoin pour se développer, renforcer leurs chaînes d'approvisionnement et créer davantage d'emplois'', selon le patron de l'IFC.
Un instrument de résilience économique face aux chocs mondiaux
Du côté de la MIGA, l'enjeu dépasse la seule dimension financière. Tsutomu Yamamoto, directeur général de l'institution, insiste sur la dimension macroéconomique du dispositif, estimant que ‘'faciliter les échanges commerciaux, notamment en période d'instabilité mondiale, est essentiel pour préserver la résilience économique et l'emploi dans les pays en développement''.
Le programme GTLP, lancé en 2009, a déjà permis de faciliter plus de 103 milliards de dollars d'échanges commerciaux, en soutenant plus de 400 institutions financières dans 75 pays, dont de nombreux États fragiles ou bénéficiaires de l'aide de l'IDA.
Une architecture financière pour combler un déficit structurel
En combinant garanties publiques et réseaux bancaires internationaux, le Groupe de la Banque mondiale cherche à répondre à une contrainte devenue systémique : l'insuffisance de financement du commerce dans les économies les plus vulnérables.
Pour Sir Danny Alexander, directeur général chez HSBC, ce nouveau cadre constitue ‘'une mesure concrète pour réduire le déficit de financement du commerce en permettant un meilleur partage des risques'', tout en renforçant la résilience des économies locales.
Dans un contexte de fragmentation du commerce mondial et de tensions sur les chaînes de valeur, cette initiative confirme l'essor des mécanismes hybrides public-privé au cœur de la stratégie de développement international.
Publié le 19/06/26 14:42
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC