Alors que la Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC) tente d'accélérer la libre circulation des biens et des personnes, un poison lent ronge ses rouages financiers. En 2025, la photographie des comptes de la Commission est alarmante. Les arriérés de contributions des États membres au titre de la Taxe Communautaire d'Intégration (TCI) ont atteint un niveau record, mettant en péril le fonctionnement même de l'institution sous-régionale.
Selon les données consolidées par la Commission de la CEMAC, la dette cumulée des 6 pays membres s'élève à 263,38 milliards FCFA au 31 décembre 2025. Ce chiffre, issu du dernier état financier de l'institution, illustre une "faiblesse persistante du recouvrement" de la TCI, comme le souligne le rapport d'activité de l'Union Économique de l'Afrique Centrale (UEAC), rendu public le 16 février 2026. Cette situation génère une "pression significative sur le fonctionnement des institutions et la mise en œuvre des projets intégrateurs".
L'analyse détaillée de ce passif montre des situations contrastées. La République Centrafricaine arrive en tête des mauvais payeurs avec une attente de recouvrement de 61,8 milliards de FCFA. Elle est suivie de près par le Cameroun, pourtant considéré comme l'un des poids lourds économiques de la zone, dont la dette atteint 59,98 milliards FCFA. Le Congo suit avec 52,2 milliards FCFA, le Tchad avec 49,1 milliards FCFA et la Guinée équatoriale avec 34,1 milliards FCFA. Le Gabon, avec une ardoise de 6,1 milliards FCFA, est le seul, avec le Cameroun, à maintenir des "contributions au-dessus du minimum égalitaire", selon le rapport, bien que sa dette reste substantielle.
Mais le plus inquiétant pour les observateurs réside dans la performance de l'année écoulée. Sur une TCI attendue en 2025 de 51,9 milliards FCFA, seuls 31,09 milliards ont effectivement été recouvrés, soit à peine 59,9%. Pire, certains États membres n'ont rien reversé à la Communauté sur l'exercice 2025, affichant "0 FCFA de contribution", selon le document de l'UEAC.
La Taxe Communautaire d'Intégration est un prélèvement de 1% appliqué sur la valeur en douane des marchandises importées de pays extérieurs à la zone CEMAC. Elle constitue la colonne vertébrale du financement de la Commission, représentant plus de 60% de ses ressources. En théorie, collectée par les douanes nationales, elle doit être reversée à l'institution communautaire. Mais en pratique, elle est régulièrement "retenue" par les Trésors publics nationaux, étranglant littéralement la trésorerie de la Communauté. Les experts de la Commission estiment que le potentiel réel de la TCI est loin d'être exploité. Il est évalué à 118,6 milliards FCFA par an, correspondant à 1% des 11 860 milliards FCFA d'importations extra-communautaires attendues dans la zone.
Perton Biyiha
Publié le 17/02/26 17:08
La Rédaction
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