Abidjan, la capitale économique ivoirienne, a accueilli ce 16 juin, un sommet de haut niveau de l'Initiative Cacao Côte d'Ivoire–Ghana, organisation intergouvernementale des pays producteurs de cacao, en présence du président ivoirien Alassane Ouattara et de son homologue ghanéen, John Dramani Mahama.
Aux termes des réflexions, les deux chefs d'Etat, ont réaffirmé leur volonté de renforcer davantage leur coordination et, surtout, d'élargir leur alliance à d'autres grands producteurs africains, notamment le Nigeria et le Cameroun. En outre, les deux géants du cacao, ont pris la décision commune d'une harmonisation des prix des fèves, ainsi que de l'alignement du calendrier de la campagne de commercialisation.
Une coordination qui vise à réduire les arbitrages défavorables des marchés et à renforcer le pouvoir de négociation des producteurs. À eux seuls, la Côte d'Ivoire et le Ghana représentent plus de 60% de la production mondiale de cacao. Derrière cette dynamique, se dessine une ambition de structurer un front commun des pays producteurs capable d'influencer davantage les prix mondiaux et de réduire la vulnérabilité d'un secteur exposé à une forte volatilité.
Les chefs d'État ont également insisté sur la nécessité de répondre collectivement à plusieurs défis structurels qui fragilisent la filière, en l'occurrence le vieillissement des plantations, les effets du changement climatique, l'orpaillage illégal dans les zones de production, mais aussi la volatilité persistante des prix mondiaux.
Recherche, durabilité et souveraineté économique
Au-delà des enjeux commerciaux, le sommet a également mis en avant la dimension structurelle de la filière. Le président ghanéen John Dramani Mahama a insisté sur l'urgence de mutualiser les efforts de recherche scientifique, notamment pour lutter contre des maladies destructrices comme le “Swollen Shoot”, qui affecte fortement les rendements. Les deux dirigeants ont également réaffirmé leur ambition de bâtir une économie cacaoyère plus durable, répondant aux nouvelles exigences internationales en matière de traçabilité et de durabilité, de plus en plus déterminantes dans l'accès aux marchés.
Pour Alassane Ouattara, l'enjeu dépasse la simple performance économique : il s'agit d'une question de souveraineté. Le cacao, a-t-il rappelé, fait vivre plusieurs millions de personnes et constitue une source majeure de revenus, d'emplois et de financement des politiques publiques. En renforçant leur coordination et en élargissant leur initiative à d'autres producteurs majeurs, la Côte d'Ivoire et le Ghana entendent transformer leur poids productif en levier politique et économique. Une stratégie qui pourrait redéfinir les équilibres d'un marché mondial dont dépend une large part des économies rurales ouest-africaines.
Il convient de signifier que la décision de l'harmonisation des prix du cacao entre la Côte d'Ivoire et le Ghana, ainsi que de l'alignement du calendrier de la campagne de commercialisation n'est pas nouvelle. Cette mesure avait été adoptée au début de la création de l'Initiative réunissant les deux pays en 2018, mais sans jamais être appliquer. A titre d'exemple, pour la campagne 2025/2026 qui s'achève bientôt, le Ghana avait donné son top départ début août 2025 et la Côte d'ivoire début octobre de cette même année, avec des prix bords champs différents.
Publié le 17/06/26 10:48
Narcisse Angan
SN
CEMAC