Inaugurée le 5 novembre 2026 à Ayébo, dans le sud-est de la Côte d'Ivoire, la centrale de 46 MW transforme des résidus de palmier à huile en électricité. Fruit d'un investissement supérieur à 150 milliards FCFA, elle fait émerger une nouvelle filière à la croisée de l'agriculture, de l'industrie et de la transition énergétique.
La biomasse entre dans le paysage énergétique ivoirien à l'échelle industrielle. Le 5 novembre 2026, le gouvernement a officiellement inauguré la centrale BIOVEA d'Ayébo, près d'Aboisso, dans le sud-est du pays. Présentée comme la plus grande installation électrique d'Afrique de l'Ouest alimentée exclusivement par des résidus agricoles, elle ouvre une nouvelle voie dans la diversification des capacités de production du pays.
Dotée d'une puissance installée de 46 mégawatts, la centrale doit produire près de 340 gigawattheures d'électricité par an, soit l'équivalent des besoins annuels d'environ 1,7 million de personnes.
BIOVEA Énergie, qui exploite l'infrastructure, ajoute ainsi une nouvelle source de production à un système électrique encore largement alimenté par les centrales thermiques au gaz et l'hydroélectricité, tandis que le solaire gagne rapidement du terrain. Le projet intervient dans un contexte de forte progression de la demande, qui oblige le pays à accélérer ses investissements dans les capacités électriques.
" BIOVEA traduit un choix stratégique : celui de faire de nos ressources nationales un véritable levier de développement énergétique et économique ", a déclaré Mamadou Sangafowa-Coulibaly, ministre des Mines, du Pétrole et de l'Énergie lors de l'inauguration.
Cette orientation prolonge une stratégie déjà à l'œuvre dans le secteur pétrolier, où la production gazière est destinée à l'alimentation des centrales thermiques. Elle trouve désormais son pendant dans l'agriculture. " La Côte d'Ivoire dispose d'importantes potentialités agricoles dont la valorisation peut contribuer significativement à la diversification de ses ressources énergétiques ", a souligné le ministre.
" C'est là une illustration concrète de la dynamique de transformation engagée par le président Alassane Ouattara dont la vision consiste à doter notre pays d'infrastructures modernes, capables de soutenir durablement sa croissance économique et son développement ", a-t-il ajouté.
Des résidus agricoles transformés en électricité
BIOVEA utilise principalement des pétioles et des feuilles issus de l'entretien et du renouvellement des plantations de palmiers à huile. Chaque année, la centrale doit valoriser près de 450 000 tonnes de résidus agricoles provenant de plantations villageoises et industrielles. Ces matières, auparavant abandonnées, deviennent ainsi une ressource énergétique et une nouvelle source de revenus pour les acteurs de la filière.
Quelque 12 000 planteurs doivent participer à la chaîne d'approvisionnement. Environ 1 000 emplois directs et indirects pérennes sont également annoncés, principalement dans la collecte, le conditionnement et le transport de la biomasse, ainsi que dans l'exploitation de la centrale.
BIOVEA estime que la collecte et la vente des résidus pourraient accroître jusqu'à 20 % les revenus annuels des producteurs concernés. En outre, les cendres issues de la combustion doivent, quant à elles, être restituées aux exploitants pour être utilisées comme fertilisants naturels.
Le projet repose ainsi sur un modèle d'économie circulaire : les plantations fournissent les résidus nécessaires à la production électrique, tandis qu'une partie des sous-produits de la centrale retourne vers l'agriculture.
Plus de 150 milliards FCFA d'investissement privé
La centrale représente un investissement supérieur à 150 milliards FCFA, mobilisé dans le cadre d'un partenariat entre l'État ivoirien et le secteur privé. BIOVEA Énergie réunit EDF, la société d'investissement Meridiam et Biokala, filiale du groupe agro-industriel ivoirien SIFCA. Le financement a également associé Proparco, le gestionnaire de fonds Emerging Africa Infrastructure Fund et plusieurs autres partenaires financiers. La convention de concession conclue avec l'État couvre la conception, le financement, la construction et l'exploitation de la centrale pendant vingt-cinq ans.
Durant cette période, l'électricité produite sera vendue à l'État ivoirien. Au terme de la concession, l'installation doit intégrer le patrimoine public.
Sur le plan environnemental, BIOVEA devrait permettre d'éviter l'émission d'environ 4,5 millions de tonnes de dioxyde de carbone sur ses vingt-cinq années d'exploitation, selon ses promoteurs.
La centrale doit ainsi contribuer aux objectifs climatiques ivoiriens, qui prévoient une réduction de 33,07 % des émissions de gaz à effet de serre et le relèvement à 46,3 % de la part des énergies renouvelables dans le mix électrique à l'horizon 2035.
Au-delà de sa capacité de production, BIOVEA le premier chaînon d'une ambition plus vaste fondés sur la valorisation des résidus agricoles ivoiriens. Mamadou Sangafowa Coulibaly annonce déjà deux autres centrales : l'une alimentée par des résidus de cacao à Divo, dans le sud-ouest du pays, et l'autre par des tiges de coton à Boundiali, dans le nord.
Publié le 06/11/26 08:49
Jean Mermoz Konandi
SN
CEMAC