Les perturbations des opérations de scanning des marchandises au Port autonome de Douala (PAD) ont eu des répercussions bien au-delà du Cameroun. Dans son rapport sur l'évolution de l'inflation dans la CEMAC à fin mars 2026 et les perspectives à court et moyen termes, la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) établit un lien direct entre cette crise logistique et les tensions observées sur les prix au Cameroun, au Tchad et en République centrafricaine, deux pays dont une grande partie des importations transite par le principal port de la sous-région.
La banque centrale indique que " les perturbations de la chaîne logistique, liées au blocage, pendant un mois et demi, des activités de scanning des marchandises au Port autonome de Douala, ont entraîné des tensions sur les prix des produits au Cameroun, en République centrafricaine et au Tchad ". Cette analyse figure parmi les principaux facteurs ayant limité le ralentissement de l'inflation au premier trimestre 2026.
À l'origine de ces perturbations se trouve le différend né du remplacement de SGS par Transatlantic D.S.A. comme opérateur chargé de l'inspection non intrusive des conteneurs. Le Port autonome de Douala, le ministère des Finances et la Direction générale des Douanes se sont opposés sur la légalité de cette transition ainsi que sur l'intégration du nouveau système aux plateformes douanières. Ce désaccord a ralenti les opérations de dédouanement et provoqué un engorgement de la plateforme portuaire.
Les conséquences se sont rapidement propagées le long des corridors Douala-N'Djamena et Douala-Bangui. Les retards dans le traitement des cargaisons, la congestion du port, l'allongement des délais de sortie des marchandises, ainsi que la hausse des coûts de magasinage, des surestaries et de l'immobilisation des conteneurs ont renchéri les coûts logistiques des opérateurs. Les chaînes d'approvisionnement du Tchad et de la République centrafricaine ont été perturbées, tandis que les échanges commerciaux ont ralenti et que les recettes douanières camerounaises ont été exposées à un risque de baisse. Face à cette situation, les autorités ont engagé un retour progressif à la normale afin d'éviter une paralysie durable du principal port de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC).
Si la BEAC établit un lien entre cette crise logistique et les tensions sur les prix, elle souligne néanmoins que leurs effets ont varié d'un pays à l'autre. En glissement annuel à fin mars 2026, le Cameroun demeure le principal moteur de l'inflation régionale avec une contribution de 110,8 points, en raison de son poids de 52 % dans la consommation totale de la CEMAC. À l'inverse, le Tchad exerce le principal effet modérateur sur l'inflation régionale, avec une contribution négative de 47,1 points. Viennent ensuite la Guinée équatoriale avec 17,0 points, la République centrafricaine avec 9,7 points, le Congo avec 5,3 points et le Gabon avec 4,3 points.
Cette évolution montre que, malgré les perturbations de sa chaîne d'approvisionnement liées au port de Douala, le Tchad a continué de freiner l'inflation régionale. La BEAC attribue cette situation, notamment, au recul du coût des importations en provenance de la Libye sous l'effet de la dépréciation du dinar libyen face au franc CFA. Le rapport relève également que les bonnes campagnes agricoles au Tchad ont contribué au ralentissement de l'inflation en renforçant l'offre de produits alimentaires.
Une inflation régionale revenue sous le plafond communautaire
Au-delà de ces perturbations logistiques, la BEAC constate un net ralentissement de l'inflation dans l'ensemble de la CEMAC. À fin mars 2026, celle-ci ressort à 1,4 %, contre 4,0 % un an auparavant et 2,0 % en décembre 2025. En glissement annuel, elle s'établit à 1,0 %, contre 3,1 % en mars 2025, tout en restant supérieure au niveau de 0,6 % observé en décembre 2025.
Selon la banque centrale, cette décélération s'explique d'abord par des facteurs internationaux. La poursuite de la baisse des prix de l'énergie jusqu'en février 2026 et le recul des cours mondiaux des produits alimentaires ont réduit l'inflation importée. Le Congo a également bénéficié de la dépréciation du franc congolais et du kwanza, qui a diminué le coût de ses importations en provenance de la République démocratique du Congo et de l'Angola. Le Tchad a, pour sa part, profité de la baisse du coût de ses achats en provenance de la Libye grâce au recul du dinar libyen.
Toutefois, la BEAC relève que certaines pressions inflationnistes persistent. Le renchérissement des carburants et celui des équipements importés par le Cameroun et le Tchad depuis le Nigeria, sous l'effet de l'appréciation du naira, ont continué d'alimenter les coûts d'importation.
Sur le plan intérieur, le rapport attribue le ralentissement de l'inflation aux bonnes campagnes agricoles au Cameroun et au Tchad, au maintien des mesures de lutte contre la vie chère ainsi qu'au gel des prix des carburants dans la majorité des pays de la CEMAC.
Enfin, la banque centrale souligne que " le dynamisme de la consommation privée, porté par les recrutements dans la fonction publique, les revenus issus des filières aurifères, principalement au Tchad et en République centrafricaine, ainsi que les recettes générées par la filière cacaoyère au Cameroun ", a contribué à soutenir la demande et à limiter le recul des prix au cours du premier trimestre 2026.
Perton Biyiha
Publié le 16/07/26 14:39
La Rédaction
SN
CEMAC