En marge de la 2e édition des BOAD Development Days, la Société ivoirienne de raffinage (SIR) a sécurisé un financement de 254 milliards FCFA afin de produire un gasoil répondant aux nouvelles exigences environnementales de la CEDEAO. Une opération emblématique qui associe transition énergétique, innovation financière et coopération régionale.
Face au durcissement des normes environnementales en Afrique de l'Ouest, la Côte d'Ivoire accélère la mise à niveau de son appareil de raffinage. A cet effet, la SIR a signé, ce 11 juin 2026 à Lomé, une convention de financement de 254 milliards FCFA avec un pool de 8 banques ivoiriennes (Banque Atlantique, BICICI, Bridge Bank, Ecobank, NSIA Banque, Société générale et Société ivoirienne de banque) dans le cadre d'une opération financière conçue et structurée par la Banque ouest-africaine de développement (BOAD).
Ce financement permettra la construction d'une nouvelle unité industrielle destinée à réduire drastiquement la teneur en soufre du gasoil produit en Côte d'Ivoire, conformément à la directive de la CEDEAO qui fixe désormais un seuil maximal de 50 parties par million (ppm).
Pour Tiotioho Soro, directeur général de la SIR, cet investissement répond à une obligation régionale devenue incontournable. ‘'L'État de Côte d'Ivoire a pris l'engagement de produire ce gasoil dès le 1er janvier 2031'', a-t-il rappelé, soulignant que cette installation permettra de mettre le diesel ivoirien aux standards internationaux tout en améliorant sensiblement la qualité de l'air et en réduisant les émissions polluantes.
Un projet de transition énergétique sans impact sur le consommateur
L'une des particularités du projet réside dans son modèle de financement. Grâce à l'implication de l'État et à la mobilisation du secteur financier, le coût de la modernisation ne sera pas répercuté sur les prix à la pompe. ‘'Le gasoil de meilleure qualité sera vendu au même prix'', a assuré le directeur général de la SIR.
Les financements mobilisés bénéficient de maturités comprises entre 10 et 12 ans. La mise en service de la nouvelle unité est prévue pour 2030 afin de respecter l'échéance réglementaire régionale fixée à 2031.
Avec une capacité annoncée de 200 tonnes par heure, l'installation répondra à une demande nationale en forte progression. La consommation ivoirienne de gasoil atteint actuellement 1,6 million de tonnes par an et devrait approcher les 2 millions de tonnes à l'horizon 2030.
Une opération financière devenue un symbole régional
Pour les acteurs financiers impliqués, l'opération dépasse largement le cadre d'un simple financement industriel. ‘'C'est d'abord avant tout une innovation financière'', a déclaré Paul-Harry Aithnard, directeur général d'Ecobank Côte d'Ivoire.
Selon lui, le montage démontre la capacité des institutions régionales à mobiliser des ressources massives pour financer des projets stratégiques dans un environnement international marqué par ‘'la volatilité, l'incertitude et la complexité''.
L'opération associe en effet une banque multilatérale de développement et plusieurs banques commerciales autour d'un même objectif : financer une infrastructure industrielle contribuant à la transition énergétique et à la compétitivité économique régionale.
La BOAD, architecte du montage financier
Si les banques commerciales ont apporté les ressources nécessaires à la réalisation du projet, les différents intervenants ont unanimement souligné le rôle déterminant joué par la BOAD dans la structuration de l'opération.
L'institution régionale a assuré l'ingénierie financière du projet, coordonné les différents partenaires et construit l'architecture du financement. ‘'Sans la BOAD, cette transaction n'aurait pas pu se faire'', a affirmé Paul-Harry Aithnard.
Le dirigeant d'Ecobank a également salué l'implication du président de l'institution, Serge Ekué, dans la concrétisation du projet. ‘'Ils ont arrangé et organisé toute la structure financière. Ils ont aidé à créer la collaboration entre les différentes banques commerciales impliquées. Ils ont joué un rôle véritablement structurant'', a-t-il insisté.
Il convient de préciser que ce financement représente la composante libellée en franc CFA de ce projet industriel de la SIR, dont le coût global est estimé à 545 milliards FCFA. La première pierre de cette infrastructure a été posée le 2 octobre 2025 sur le site de Vridi, à Abidjan, lors d'une cérémonie présidée par le Premier ministre, Robert Beugré Mambé.
Envoyé spécial à Lomé, Togo
Publié le 12/06/26 07:53
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC