Réunis du 23 au 26 février 2026 dans la ville portuaire de Kribi, responsables de l'administration camerounaise et représentants de la Banque africaine de Développement (BAD) ont procédé à la 55ᵉ revue du portefeuille de l'institution. D'après un communiqué publié le 9 mars 2026, la BAD indique que les discussions ont débouché sur un ensemble de mesures destinées à renforcer la redevabilité dans la gestion des projets, notamment par la mise en place de contrats de performance entre les coordonnateurs des projets, les ministères sectoriels et le ministère de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du territoire (MINEPAT).
Les participants ont notamment retenu l'organisation de revues sectorielles mensuelles destinées à identifier rapidement les blocages administratifs, accélérer les acquisitions et les décaissements et améliorer la supervision globale des projets. Le communiqué évoque également le renforcement des capacités des unités de gestion sur les procédures de la Banque, en particulier dans les domaines de la gestion financière et des sauvegardes environnementales et sociales.
Cependant, aucun indicateur chiffré permettant d'évaluer la performance actuelle du portefeuille n'a été fourni. La BAD ne communique ni le taux de décaissement global des projets, ni la proportion d'opérations classées à risque, ni la note de performance attribuée au portefeuille camerounais. L'absence de ces indicateurs laisse dans l'ombre l'ampleur réelle des difficultés que ce plan d'action est censé corriger.
Toutefois, l'idée d'améliorer la performance d'un portefeuille ne naît jamais dans un contexte de gestion exemplaire. Elle sous-entend implicitement que des blocages existent, que des projets traînent en longueur ou que les décaissements peinent à suivre le rythme des signatures. Une situation qui, si l'on observe les relations du Cameroun avec d'autres institutions de Breton Woods, n'a rien d'inédit. À titre de comparaison, le portefeuille de la Banque mondiale au Cameroun affichait récemment un taux de projets à risque supérieur à 53%,
La BAD évoque d'ailleurs dans son communiqué plusieurs situations nécessitant des mesures correctives notamment " le traitement prioritaire des projets signés mais n'ayant pas reçu un décaissement depuis plus de 15 mois " et un " suivi rigoureux des opérations en alerte de clôture ". Ils suggèrent également d'accélérer les décisions relatives aux extensions de projets ou, si nécessaire, aux annulations partielles de financements afin d'éviter que les ressources engagées restent immobilisées sans impact.
Du côté camerounais, le préfet du département de l'Océan, Bouba Haman, rappelle dans le communiqué que " ces travaux visent un objectif politique et social majeur : améliorer le taux d'absorption des financements ". Il ajoute que " chaque projet qui prend du retard est un service public dont les populations sont privées " et souligne que la gestion de ces ressources exige " la plus grande transparence et une rigueur budgétaire sans faille ".
Selon les données fournies par la BAD, le portefeuille de l'institution au Cameroun comptait, au 30 juin 2025, vingt-quatre projets pour un volume total de financements de 2,2 milliards de dollars, soit environ 1 237,6 milliards de francs CFA. Près de la moitié de ces engagements sont concentrés dans le secteur des transports, suivis par l'énergie et l'agriculture.
Perton Biyiha
Publié le 10/03/26 15:38
La Rédaction
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