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Le Cameroun va construire un terminal pétrolier de 140 000 m³ pour redistribuer les hydrocarbures en Afrique centrale

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Le 5 juin 2026, les responsables de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) et du Port autonome de Kribi (PAK) se sont rendus sur le site destiné à accueillir le futur Terminal à hydrocarbures de Kribi (THK), à la suite de l'accord donné par le président de la République, au mois de mai, pour le financement du projet. Selon les informations communiquées par les deux entreprises publiques, l'infrastructure développera, dans une première phase, une capacité de stockage de 140 000 m³ de produits pétroliers et de 12 000 tonnes métriques de gaz de pétrole liquéfié (GPL), avant une extension envisagée à 280 000 m³.

Le futur terminal s'appuie sur l'un des principaux atouts du port de Kribi : son quai en eau profonde. Le site dispose d'un tirant d'eau pouvant atteindre 16 mètres, permettant l'accueil de supertankers d'environ 80 000 tonnes, un format inaccessible au port de Douala. Le dispositif comprendra un nouveau quai pétrolier, trois bras de chargement capables de traiter simultanément du pétrole brut et des produits raffinés, ainsi qu'un pipeline d'environ 900 mètres reliant les installations maritimes à une station manifold terrestre, véritable centre de distribution auquel pourront se raccorder plusieurs industriels.

Pour la directrice générale de la SCDP, Véronique Manzoua épouse Moampea Mbio, cette infrastructure permettra d'améliorer la compétitivité de la chaîne d'approvisionnement du pays. " Le Port autonome de Kribi offre toutes les garanties en matière de capacité, de fluidité, d'espace et de sécurité. Désormais, nous pourrons y accueillir de grands navires. Les plus petits continueront à approvisionner une partie du territoire national, mais cette nouvelle infrastructure constitue une garantie supplémentaire et permettra au pays de réaliser d'importantes économies d'échelle ", a-t-elle déclaré.

Elle a également insisté sur les surcoûts engendrés par les délais d'attente des navires dans les ports. " Chaque fois qu'un navire dépasse d'une journée les délais réglementaires, cela représente en moyenne 25 000 dollars de frais supplémentaires. Si un navire reste immobilisé pendant un mois, faites le calcul : 25 000 dollars multipliés par 30 jours. C'est autant d'argent qui vient renchérir les coûts et alourdir les charges liées aux importations de produits pétroliers ", a-t-elle ajouté.

Une ambition régionale

Au-delà de la sécurisation de l'approvisionnement du marché camerounais, les promoteurs du THK affichent une ambition régionale. Raphaël Abouem, directeur commercial chargé du développement au sein du consortium Negri-Parlym, estime que le futur terminal pourrait modifier les circuits actuels de redistribution des produits pétroliers en Afrique centrale, aujourd'hui largement structurés autour du hub de Lomé. Selon lui, les cargaisons destinées au Tchad et à la République centrafricaine pourraient, à terme, transiter directement par Kribi.

" Le Tchad et la République centrafricaine, deux pays voisins enclavés, dépendent structurellement du corridor camerounais pour leur approvisionnement énergétique. Le THK répondra précisément à leurs besoins croissants grâce à des corridors multimodaux interconnectés, tout en stimulant les activités douanières et logistiques de l'hinterland. Le Cameroun consolidera ainsi son rôle de hub énergétique de l'Afrique centrale ", a-t-il déclaré.

Cette vocation régionale s'appuie également sur les capacités projetées de l'infrastructure. À pleine charge, les installations de Kribi devraient pouvoir traiter jusqu'à 10 millions de tonnes de produits par an, après une première phase de montée en régime à 5 millions de tonnes annuelles.

Les travaux sont annoncés pour une durée de trente mois. Pour mémoire, le développement du THK a été confié au consortium français Negri-Parlym, chargé de la conception, de l'ingénierie, de la mobilisation des financements et de la construction des infrastructures. Les deux entreprises ne sont pas à leur première collaboration. Elles ont notamment participé à la réalisation du terminal pétrolier du port de Douala, mis en service en 2021, et ont récemment livré une infrastructure similaire à Djibouti.

Le partenariat entre le PAK, la SCDP et le consortium a été formalisé le 18 décembre 2025 par la signature d'un protocole d'accord tripartite à Kribi. Cet accord a marqué le passage d'un projet longtemps resté au stade de la conception à une phase opérationnelle, dont les promoteurs espèrent qu'elle permettra de repositionner durablement le Cameroun dans la géographie énergétique de l'Afrique centrale.

Perton Biyiha

Publié le 06/06/26 14:00

La Rédaction

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