Le gouvernement camerounais envisage de suspendre les importations de maïs. Selon un courrier officiel consulté par Sika Finance, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a demandé au ministre de l'Agriculture " d'instruire la suspension, jusqu'à nouvel avis, de la délivrance des permis d'importation de ce produit par la Direction de la réglementation et du contrôle de qualité des intrants et des produits agricoles, concomitamment à la suspension des importations en cours, au titre des mesures de sauvegarde ".
Cette correspondance, datée du 8 mai 2026, fait directement suite à une réunion interministérielle présidée la veille par le Premier ministre camerounais. Dans ce document marqué " Très urgent ", le ministre du Commerce indique que " la question des importations massives de maïs, qui contrastent avec la mévente de la production locale, a été abordée " au cours des échanges gouvernementaux.
À travers cette initiative, Yaoundé cherche désormais à réduire l'afflux de céréales importées afin de soutenir les producteurs nationaux confrontés à des difficultés d'écoulement de leurs récoltes. Le gouvernement estime en effet que l'augmentation des achats à l'étranger intervient alors même que la production locale peine déjà à trouver preneur sur le marché intérieur.
Selon les données du ministère de l'Économie, la production camerounaise de maïs est passée de 1,98 million de tonnes en 2020 à 2,36 millions de tonnes en 2024. Dans le même temps, la demande annuelle du marché est évaluée à environ 2,8 millions de tonnes. Malgré la progression des volumes produits localement, l'écart entre l'offre et les besoins du marché demeure donc important.
Un déficit structurel malgré la hausse de la production
Le rapport 2024 sur la compétitivité de l'économie camerounaise, publié par le Comité de compétitivité rattaché au ministère de l'Économie, souligne que le maïs demeure " chroniquement déficitaire " malgré son statut de première céréale cultivée dans le pays. Le document rappelle que plus de six millions d'acteurs interviennent dans cette chaîne de valeur et que près de 75 % des ménages consomment cette céréale.
Le rapport relève également qu'entre 2017 et 2021, la production annuelle moyenne s'est établie autour de 2,2 millions de tonnes, un niveau déjà inférieur à une demande qui atteignait 2,8 millions de tonnes dès 2019. Cette consommation est alimentée à la fois par la croissance démographique et par les besoins croissants des industries agroalimentaires, des élevages, des minoteries et des amidonneries.
Dans ce contexte de déficit structurel, les importations ont fortement progressé ces dernières années. Selon les données du Comité de compétitivité, le Cameroun a importé 81 833 tonnes de maïs en 2024, soit une hausse de 103,1 % sur un an. Sur cinq ans, les volumes importés ont presque triplé. La facture associée atteint désormais 19,4 milliards de FCFA, contre environ 8,5 milliards de FCFA en 2010.
Les données de l'Institut national de la statistique (INS) montrent toutefois un ralentissement récent des achats extérieurs. Selon les chiffres cités par le ministère de l'Économie, les importations de maïs ont reculé de 7,8 % en 2025 pour s'établir à 72 586 tonnes, pour une facture de 10,2 milliards de FCFA. Cette baisse reste néanmoins insuffisante aux yeux des autorités, qui continuent de faire face à un déficit persistant entre l'offre nationale et les besoins du marché.
À cette situation s'ajoutent par ailleurs des flux transfrontaliers informels qui compliquent davantage l'équation pour les pouvoirs publics. Le rapport sur la compétitivité indique qu'environ 50 000 tonnes de maïs quittent chaque année le territoire camerounais vers des pays voisins en dehors des circuits officiels. Le document évoque également des pertes post-récoltes estimées à 11 % de la production nationale.
Face à ces contraintes, les autorités camerounaises ont engagé plusieurs mesures de soutien à la filière. En avril dernier, l'État a ainsi transféré 6 milliards de FCFA à la Banque camerounaise des petites et moyennes entreprises (BC-PME) afin de financer des filières agricoles jugées stratégiques, parmi lesquelles figure le maïs.
Perton Biyiha
Publié le 13/05/26 12:08
La Rédaction
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