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Le Niger résilie les contrats de trois sociétés aurifères

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Les autorités nigériennes ont procédé à la résiliation de trois conventions d'installation et d'exploitation d'usines d'affinage d'or, marquant une inflexion majeure dans la gouvernance du secteur extractif. Il s'agit des sociétés minières COMINI SARL, AFRIOR SA et ECOMINE SA. Cette décision a été actée ce 3 mars à Niamey, lors du conseil des ministres, dans un contexte où le gouvernement issu du coup d'État de 2023 multiplie les initiatives visant à renforcer la souveraineté économique et la part de l'État dans l'exploitation des richesses naturelles.

Des accords avaient été conclus en l'Etat du Niger et ces trois entreprises susmentionnées, respectivement en 2017, 2019 et 2020, prévoyant l'installation et l'exploitation d'unités d'affinage d'or sur le territoire nigérien. En contrepartie, les sociétés s'étaient engagées chacune en ce qui le concerne, à respecter plusieurs obligations contractuelles. Il s'agit entre autres à contribuer au financement des plans de développement local ; à employer en priorité le personnel nigérien ; à respecter les normes environnementales en vigueur ; à contribuer à la promotion minière ; à payer toutes les taxes et impôts prévus ; à fournir au ministère en charge des Mines, à la fin de chaque exercice comptable, un rapport technique et financier annuel.

Or, selon le gouvernement, ces obligations n'ont pas été respectées depuis 2023. Des mises en demeure ont été adressées aux sociétés concernées en février et juillet 2025, sans résultats satisfaisants. D'après le compte rendu du conseil des ministres, seule ECOMINE SA a apporté une réponse partielle, jugée insuffisante. Quant à COMINI SARL et AFRIOR SA, les autorités évoquent respectivement le retrait des titres miniers et le non-respect de la réglementation minière, justifiant ainsi la résiliation des conventions.

Une stratégie de reprise en main du secteur extractif

Cette décision s'inscrit dans une politique plus large de renforcement du contrôle de l'État sur les ressources stratégiques, engagée par les autorités militaires depuis leur arrivée au pouvoir. Premier producteur d'uranium d'Afrique et également riche en or et en pétrole, le Niger attire depuis plusieurs décennies des compagnies étrangères dans ses secteurs extractifs. Mais la répartition des bénéfices tirés de ces ressources fait l'objet d'un débat récurrent au sein du pays.

Les autorités estiment que certains accords passés ont permis à des opérateurs étrangers de tirer d'importants profits sans générer de retombées suffisantes pour les communautés locales ni pour les finances publiques. Dans cette logique, la junte a déjà pris plusieurs mesures pour accroître l'implication de l'État dans l'exploitation minière. L'an dernier, elle a notamment nationalisé la mine d'or industrielle de Samira, la seule actuellement en activité dans le pays.

Le secteur pétrolier également concerné

La politique de reprise en main ne se limite pas au secteur aurifère. Les autorités nigériennes ont également rejeté une demande d'extension de licence déposée par la société énergétique britannique Savannah Energy, qui opère dans le bassin pétrolier d'Agadem, dans le Sud-Est du pays. Le gouvernement accuse l'entreprise de ne pas avoir respecté les termes d'un contrat de partage de production portant sur plusieurs blocs pétroliers. Cette décision confirme la volonté des autorités de réévaluer les partenariats existants dans les industries extractives afin de renforcer les recettes publiques et la participation nationale.

Le Niger s'inscrit ainsi dans une tendance plus large observée dans plusieurs pays du Sahel, où les gouvernements cherchent à renégocier les contrats miniers, accroître la participation publique dans les projets extractifs et renforcer les exigences réglementaires. Les dirigeants de la région affirment que des décennies d'exploitation minière dominée par des acteurs étrangers ont produit des retombées économiques limitées pour les populations locales. Toutefois, cette orientation suscite aussi des inquiétudes chez certains investisseurs internationaux, qui redoutent l'instabilité contractuelle et les risques accrus pour les projets miniers.

Des partenaires occidentaux ont récemment exprimé leurs préoccupations face à certaines politiques de nationalisation dans la région, estimant qu'elles pourraient affecter l'attractivité des investissements à long terme. Pour les autorités nigériennes, la ligne stratégique reste claire : les ressources naturelles du pays doivent contribuer davantage au développement national et à la consolidation des finances publiques.

Publié le 07/03/26 09:57

Narcisse Angan

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