Dans une interview accordée à la CRTV, le directeur de la Trésorerie au ministère des Finances, Samuel Tela, décrit un marché régional saturé par la multiplication des émissions souveraines. " Le marché domestique aujourd'hui affiche deux ou trois faiblesses en moyenne. D'abord, les États ont beaucoup tiré sur le marché domestique. Si vous regardez l'encours des titres entre 2020 et 2025, le montant a été pratiquement multiplié par 5.
On est passé d'un encours de 1 800 milliards en 2020 à pratiquement 9 000 milliards en décembre 2025. Le marché n'a plus la capacité pour tous les États, notamment les six États de la CEMAC qui se financent pour la plupart sur ce marché, de pouvoir répondre à nos besoins. Il est donc difficile d'émettre 200 ou 300 milliards FCFA d'un trait sur le marché domestique ", a-t-il déclaré.
Les chiffres de la Banque des États de l'Afrique centrale confirment cette tension. À fin juillet 2025, l'encours des titres publics émis dans la zone atteignait 9 086,6 milliards FCFA, soit une hausse annuelle de 31,1 %. Cette progression traduit une dépendance croissante des finances publiques à ce marché régional, alors même que la profondeur du vivier d'investisseurs reste limitée et que plusieurs États sollicitent simultanément les mêmes sources de liquidité.
La question des maturités accentue encore cette contrainte. Samuel Tela souligne la domination du court terme dans la structure des émissions publiques. " Et si bien même l'opération était possible, ce seraient des opérations de court terme, vous allez voir que sur l'encours global du marché domestique, il y a une forte concentration des émissions de court terme, c'est-à-dire les États s'endettent pour 6 mois, pour 12 mois et au plus pour 3 ans. Et vous ne pouvez pas financer des projets de développement avec des endettements de court terme. "
Les statistiques monétaires de la BEAC confirment ce profil. Entre juin 2024 et juin 2025, plus de 63 % des émissions du Cameroun sur le marché régional ont été réalisées sous forme de Bons du Trésor assimilables, instruments dont la maturité varie entre 13 et 52 semaines et qui servent avant tout à gérer la trésorerie immédiate. Les obligations plus longues, susceptibles d'accompagner les programmes d'infrastructures, restent minoritaires.
Dans le détail, les bons à 26 semaines ont représenté près de la moitié des émissions de BTA sur la période avec 1 493,9 milliards FCFA, suivis des titres à 52 semaines pour 954,4 milliards et de ceux à 13 semaines pour 744 milliards. Plusieurs Trésors de la sous-région, dont celui du Cameroun, figurent parmi les plus actifs sur ces échéances courtes. Cette configuration s'est accompagnée d'une hausse du coût du financement, la banque centrale indiquant un taux moyen pondéré des BTA de 6,90 % contre 6,50 % un an auparavant.
Malgré cette situation, le Cameroun veut mobiliser 400 milliards FCFA sur le marché des titres publics en 2026. Pour garantir la réussite de cette levée en "combinant émissions réparties dans le temps, dialogue renforcé avec les investisseurs et ouverture à des montages financiers susceptibles d'élargir la base de financement".
Cette levée s'inscrit dans le cadre du décret présidentiel signé le 21 janvier 2026 autorisant le ministre des Finances Louis Paul Motaze à contracter jusqu'à 1 650 milliards FCFA d'emprunts sur les marchés intérieur et extérieur. Selon ce texte officiel, 1 000 milliards doivent être recherchés à l'international, tandis que 400 milliards proviendront d'émissions d'obligations du Trésor sur le marché domestique et 250 milliards de financements auprès d'organismes privés locaux.
Perton Biyiha
Publié le 20/02/26 16:28
La Rédaction
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