L'Ethiopie veut prendre en main sa souveraineté monétaire. En effet, lors de l'ouverture du Finance Forward Ethiopia 2026, rendez-vous de haut niveau entre les institutions financières, le 15 janvier dernier à Addis-Abeba, le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a annoncé que son pays va désormais produire sa propre monnaie (le birr) localement. Cette décision mettra un terme à des décennies de dépendance vis-à-vis de prestataires étrangers, notamment le géant britannique De La Rue, qui assurait jusqu'ici l'impression des billets de banque nationaux.
L'impression des billets à des imprimeurs spécialisés à l'étranger, est une pratique très répandue en Afrique, où on dénombre environ 40 pays sur les 54, qui dépense de l'extérieur. En prenant cette mesure, le gouvernement Ethiopien, évoque plusieurs contraintes à éliminer, en l'occurrence, un procédé coûteux, porteur de vulnérabilités, le transport sécurisé des billets, les délais logistiques, l'exposition aux risques géopolitiques et la pressions sur les réserves de devises. Au-delà de l'économie de coûts, cette décision s'inscrit dans une logique de contrôle stratégique et de stabilité à long terme.
Voir aussi - Souveraineté monétaire : Qui imprime les billets africains ?
La mise en œuvre de ce futur projet a été confiée à Ethiopian Investment Holdings (EIH), le fonds souverain et bras armé de l'État éthiopien en matière d'investissements stratégiques. Créée en 2021, cette structure gère aujourd'hui un portefeuille de plus de 40 entreprises publiques opérant dans des secteurs clés de l'économie. L'ambition affichée est considérable.
La production nationale de monnaie s'inscrit dans cette stratégie de constitution d'actifs publics à forte valeur ajoutée, capables de générer des revenus, de réduire la dépendance extérieure et de soutenir une croissance durable. ‘'Si cet objectif est atteint, l'Éthiopie aura créé une structure transmissible à la génération suivante'', a déclaré Abiy Ahmed, soulignant la portée intergénérationnelle du projet.
Produire sa propre monnaie ne relève pas d'un simple exercice industriel. L'impression de billets exige des technologies de pointe en matière de sécurité, afin de lutter contre la contrefaçon et de préserver la crédibilité du système monétaire. Le défi est donc autant technologique qu'institutionnel. En se lançant dans cette aventure, Addis-Abeba rejoint un cercle restreint de pays africains, listé au nombre d'une douzaine, capables d'imprimer leur monnaie nationale. Le Nigeria, l'Afrique du Sud, l'Égypte, le Maroc, l'Algérie ou encore le Kenya disposent déjà de telles infrastructures.
Narcisse Angan
Publié le 22/01/26 13:22


SN
CM

