La transition énergétique mondiale est en train de redessiner la géographie du commerce international. Dans un rapport publié le 11 juin, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) met en lumière l'importance croissante des minéraux essentiels, devenus le socle des technologies bas carbone, de la mobilité électrique et de l'économie numérique.
Lithium, cobalt, nickel, cuivre et terres rares connaissent une envolée de la demande sans précédent. Selon la CNUCED, la consommation mondiale de lithium devrait bondir de 353% entre 2024 et 2040, tandis que celle du graphite progresserait de 131%. Les technologies propres représenteront une part toujours plus importante de ces besoins, absorbant à elles seules 87% de la demande mondiale de lithium d'ici à 2040, contre 62% aujourd'hui.
Derrière cette dynamique se cache toutefois une réalité plus complexe : l'offre mondiale demeure fortement concentrée. En 2025, la République démocratique du Congo (RDC) assurait 74% de la production mondiale de cobalt, l'Indonésie 67% de celle du nickel et la Chine 69% de la production de terres rares. Pékin conserve également une position dominante dans le raffinage du lithium, du cobalt et des terres rares, captant ainsi une part substantielle de la valeur ajoutée générée par ces filières stratégiques.
Face à cette dépendance, les États multiplient les initiatives pour sécuriser leurs approvisionnements. Depuis 2020, près de 100 nouvelles restrictions ou mesures d'encadrement des exportations de minerais critiques ont été instaurées à travers le monde. Elles comprennent notamment 37 régimes de licences, 31 taxes à l'exportation et 29 interdictions d'exportation. La RDC, la Chine et l'Indonésie figurent parmi les pays les plus actifs dans cette stratégie visant à renforcer leur position au sein des chaînes de valeur mondiales.
Parallèlement, une nouvelle architecture de coopération internationale se met en place. La CNUCED a recensé 73 accords de partenariat sur les minéraux critiques, dont 58 conclus depuis 2022. Ces alliances associent désormais politiques commerciales, industrielles et d'investissement afin de sécuriser l'accès aux ressources stratégiques. Toutefois, la plupart des accords impliquant les pays en développement restent concentrés sur l'extraction, limitant les retombées locales en matière d'industrialisation.
Le rapport lance ainsi un avertissement. ‘'Le commerce des minéraux critiques est à la croisée des chemins'', souligne la CNUCED. Ces ressources peuvent devenir un puissant levier de transformation économique pour les pays producteurs, ou au contraire perpétuer des modèles extractifs peu créateurs de valeur. L'organisation plaide pour une diversification des sources d'approvisionnement, davantage de capacités locales de transformation, un meilleur transfert de technologies et une coopération internationale renforcée.
Le message est sans ambiguïté : sans politiques cohérentes et sans partage plus équilibré de la valeur ajoutée, la course mondiale aux minéraux critiques risque de fragiliser les chaînes d'approvisionnement alors même qu'elles sont appelées à soutenir la double transition énergétique et numérique de l'économie mondiale.
Publié le 16/06/26 17:54
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC