L'agence de notation Moody's Ratings a confirmé la note de la dette de la Côte d'Ivoire, un indicateur clé qui mesure la capacité d'un pays à rembourser ses emprunts. Cette décision reflète la solidité de la croissance économique ivoirienne et l'amélioration progressive de la gestion des finances publiques. Mais l'agence souligne aussi que certains défis, notamment sociaux et régionaux, continuent de peser sur la perception du risque du pays.
L'agence de notation Moody's Ratings a confirmé le 13 mars la note souveraine Ba2 à long terme en monnaie locale et étrangère de la Côte d'Ivoire, assortie d'une perspective stable. Cette décision, qui maintient Abidjan dans le top 5 des meilleures notations souveraines d'Afrique subsaharienne, signifie que l'agence considère que la capacité du pays à honorer sa dette reste solide, malgré certains défis économiques et politiques.
Dans son analyse, Moody's met en avant "un modèle croissance robuste" de l'économie ivoirienne, soutenue par l'investissement public et privé, ainsi que par la diversification progressive des activités économiques. L'agence prévoit que le PIB du pays continuera de croître à un rythme élevé, entre " 6 % et 7 % par an jusqu'à la fin de la décennie ", ce qui placerait la Côte d'Ivoire "parmi les économies les plus dynamiques au monde".
Une économie en transformation progressive
Historiquement dépendante de l'agriculture, l'économie ivoirienne évolue progressivement vers une structure plus diversifiée. L'agriculture demeure le pilier des exportations, notamment avec le cacao, mais d'autres secteurs gagnent en importance, notamment l'industrie, les services et les activités extractives.
Les investissements dans les mines d'or et les hydrocarbures jouent un rôle croissant dans cette transformation. Le développement du champ pétrolier Baleine et les découvertes récentes dans le complexe Calao devraient soutenir la production énergétique du pays dans les prochaines années et renforcer ses perspectives de croissance.
Selon Moody's, cette diversification constitue un facteur clé pour réduire la dépendance aux fluctuations des prix des matières premières agricoles et consolider la trajectoire de croissance à long terme.
Des finances publiques sous contrôle
L'agence souligne également les progrès réalisés dans la gestion des finances publiques. Le gouvernement s'est engagé à maintenir le déficit budgétaire autour de 3 % du PIB, un niveau conforme aux règles de convergence de l'UEMOA.
Les recettes fiscales progressent régulièrement. Moody's estime qu'elles représentent environ 15 % du PIB en 2025, contre 12,7 % en 2022. Cette amélioration est liée à la fois à des réformes fiscales et à un renforcement de l'administration fiscale. Les ressources supplémentaires devraient financer davantage d'investissements dans les infrastructures et les programmes sociaux dans le cadre du prochain plan national de développement prévu pour la période 2026-2030.
Dans ce contexte, l'agence prévoit une réduction progressive du niveau d'endettement public, qui devrait passer d'environ 59 % du PIB en 2024 à 56 % en 2027.
Une stratégie de financement plus diversifiée
La Côte d'Ivoire a également multiplié les instruments financiers pour financer son développement. Ces dernières années, le pays a levé des fonds sur les marchés internationaux à travers plusieurs opérations marquantes : une émission d'euro-obligations à 15 ans en février 2026, une obligation internationale libellée en franc CFA en 2025, ainsi que l'émission d'un Samurai bond, une première pour un État d'Afrique subsaharienne.
Parallèlement, le pays renforce ses partenariats avec les institutions financières internationales, ce qui a augmenté la part de la dette multilatérale dans son portefeuille.
Malgré ces fondamentaux solides, Moody's souligne plusieurs facteurs de risque. L'agence cite notamment les tensions sécuritaires dans la région du Sahel, les chocs climatiques ou les fluctuations des prix des matières premières. Le pays reste également confronté à des défis sociaux importants, en particulier le chômage des jeunes et des indicateurs sociaux jugés encore inférieurs à ceux de nombreux pays ayant une notation similaire.
L'appartenance de la Côte d'Ivoire à l'UEMOA constitue toutefois un facteur de stabilité important. Le franc CFA étant arrimé à l'euro avec la garantie du Trésor français, les risques de change restent limités.
Par ailleurs, la Côte d'Ivoire est la plus grande économie de zone et le principal contributeur au pool de réserves de change de la région, qui couvre désormais environ six mois d'importations.
Pour Moody's, l'équilibre entre ces forces et ces vulnérabilités explique la décision de maintenir une perspective stable. Si la croissance reste soutenue et que les finances publiques continuent de s'améliorer, la Côte d'Ivoire pourrait progressivement renforcer sa position parmi les économies émergentes d'Afrique.
Grille de notation des principales agences internationales
Publié le 16/03/26 06:26
Jean Mermoz Konandi
SN
CEMAC