Le Nigeria veut changer d'échelle. Longtemps freiné par des inefficacités structurelles, son vaste secteur de l'élevage pourrait entrer dans une nouvelle phase de transformation, portée cette fois par le secteur privé. À la clé, jusqu'à 3 milliards de dollars, soit 1 683,5 milliards FCFA, d'opportunités d'investissement sur les trois à cinq prochaines années, selon les projections des acteurs réunis à Abuja lors d'un forum stratégique de haut niveau.
Avec environ 54 millions de bovins et 250 millions de volailles, le Nigeria possède le plus grand cheptel d'Afrique de l'Ouest. Le secteur fait vivre près de 75 millions de ménages et pèse environ 5% du PIB, soit près de 32 milliards de dollars. Mais derrière cette puissance apparente se cache un paradoxe tenace. Le pays importe en effet, encore près de 60% de ses besoins en produits laitiers. Une dépendance révélatrice de profondes failles structurelles.
Face à ce constat, une convergence rare s'opère entre autorités publiques, investisseurs et industriels. Le forum d'Abuja, organisé sous l'égide du Bureau interafricain des ressources animales de l'Union africaine (UA-IBAR), a servi de catalyseur à cette dynamique. Loin des traditionnels échanges institutionnels, la rencontre s'est voulue résolument opérationnelle : négociation d'accords, mise en relation directe entre producteurs et acheteurs, structuration de financements.
Cette offensive d'investissement s'appuie sur une série de réformes déjà engagées. Parmi elles, le Plan directeur national de l'élevage, conçu avec le soutien de partenaires internationaux comme la Fondation Gates, vise à moderniser l'ensemble de la filière : alimentation animale, santé, accès aux marchés. À cela s'ajoute la Stratégie nationale d'accélération de la croissance de l'élevage, qui ambitionne de porter le secteur à une valeur comprise entre 74 et 90 milliards de dollars d'ici 2035. Le programme L-PRES, financé par la Banque mondiale à hauteur de 500 millions de dollars, constitue également un levier clé. Déployé dans 20 États du pays, il cible l'amélioration de la productivité et de la commercialisation, avec des retombées attendues pour plus d'un million de bénéficiaires.
Au-delà des performances économiques, la réforme du secteur de l'élevage revêt des enjeux stratégiques plus larges. Elle touche à la sécurité alimentaire, à la réduction de la pauvreté et à l'intégration régionale. La transformation des abattoirs en véritables pôles d'investissement figure parmi les priorités, tout comme le développement de systèmes de données fiables et l'intégration des enjeux de genre, d'emploi des jeunes et de résilience climatique. L'ambitieux pari est de faire passer un secteur encore largement informel à une industrie structurée, compétitive et attractive pour les capitaux privés.
Publié le 28/04/26 09:06
Narcisse Angan
SN
CEMAC