La banque centrale du Nigeria (Central Bank of Nigeria) a choisi la prudence. À l'issue de sa 305e réunion tenue les 19 et 20 mai 2026, le Comité de politique monétaire (CPM) a décidé de maintenir son principal taux directeur à 26,5%, dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et la persistance des pressions inflationnistes.
Cette décision traduit la volonté de l'institution dirigée par Olayemi Cardoso de préserver la stabilité des prix sans compromettre la résilience de l'économie nigériane, alors que plusieurs signaux macroéconomiques montrent une amélioration progressive du cadre économique.
Le comité estime que ‘'les conditions essentielles de stabilité des prix restent solidement en place'', malgré une remontée de l'inflation observée depuis deux mois.
Une inflation toujours élevée mais des signaux de ralentissement
L'inflation annuelle au Nigeria a légèrement accéléré à 15,69% en avril 2026 contre 15,38% le mois précédent, principalement sous l'effet de la hausse des prix alimentaires et des coûts logistiques. L'inflation alimentaire a ainsi bondi à 16,06%, contre 14,31% en mars.
Mais derrière cette remontée, la banque centrale voit surtout un choc temporaire alimenté par la flambée des prix de l'énergie liée aux tensions au Moyen-Orient. Le comité souligne que les réformes engagées ces derniers mois ont permis d'amortir la transmission des chocs extérieurs à l'économie domestique.
Autre élément jugé encourageant, l'inflation sous-jacente qui a ralenti à 15,86% en avril contre 16,21% en mars, tandis que l'inflation moyenne sur 12 mois a enregistré son 6e mois consécutif de baisse, à 19,16%.
La dynamique mensuelle des prix montre également un début d'accalmie. L'inflation mensuelle est redescendue à 2,13% en avril contre 4,18% en mars, signe d'une modération progressive des tensions sur les prix.
Une économie plus résistante face aux chocs extérieurs
La banque centrale nigériane met en avant plusieurs facteurs de solidité macroéconomique. Les réserves de change ont progressé à 49,49 milliards de dollars au 15 mai 2026 contre 48,35 milliards fin mars, représentant plus de 9 mois de couverture des importations.
Le PIB réel du Nigeria a, lui aussi, confirmé sa résilience avec une croissance de 4,07% au 4e trimestre 2025, soutenue par l'industrie, l'agriculture et les activités de services. Le secteur pétrolier a également accéléré grâce à l'amélioration des capacités de raffinage domestique.
Dans un passage particulièrement marquant du communiqué, le comité estime que ‘'l'impact de la crise sur l'économie nigériane a été largement atténué grâce aux bénéfices des réformes antérieures''.
La recapitalisation bancaire saluée par la banque centrale
Le CPM s'est également félicité de l'aboutissement du vaste programme de recapitalisation bancaire engagé par la banque centrale. Selon l'institution, ce processus a permis de faire émerger 33 banques présentant des indicateurs financiers plus solides et une capacité accrue à financer l'économie.
Cette consolidation du secteur bancaire apparaît comme un pilier essentiel de la stratégie de stabilité financière du Nigeria dans un environnement international devenu plus incertain.
Face aux risques persistants liés aux tensions géopolitiques mondiales et aux perturbations des marchés énergétiques, la banque centrale indique qu'elle conservera une approche ‘'prudente, vigilante et fondée sur les données''.
Publié le 20/05/26 18:50
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC