La mise en service de la raffinerie Dangote est en train de modifier en profondeur la place du Nigeria sur le marché des produits pétroliers raffinés. En effet, selon les données de l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA), relayées par diverses sources, dont Reuters, les exportations nigérianes de produits pétroliers par voie maritime ont été multipliées par plus de sept depuis 2024, tandis que les importations maritimes ont chuté à moins d'un tiers de leur niveau d'il y a trois ans.
Au deuxième trimestre 2026, le Nigeria a ainsi exporté en moyenne 350 000 barils de produits pétroliers par jour, contre seulement 46 000 barils par jour en moyenne annuelle en 2023. Dans le même temps, les importations maritimes de produits raffinés sont tombées à moins de 130 000 barils par jour, contre près de 400 000 barils par jour en 2023.
Ces chiffres illustrent l'ampleur du changement provoqué par l'entrée en activité de la raffinerie Dangote, inaugurée en 2024 dans la zone franche de Lekki, près de Lagos. La plus grande raffinerie du Nigeria contribue désormais à réduire la dépendance du pays aux importations de carburants raffinés tout en ouvrant de nouvelles perspectives à l'exportation.
Un renversement historique du commerce des carburants
Pendant des décennies, le Nigeria a vécu une situation paradoxale : premier producteur de pétrole d'Afrique parmi les principaux acteurs du continent, le pays devait néanmoins importer massivement de l'essence, du diesel et d'autres produits raffinés en raison de capacités nationales de raffinage insuffisantes.
La tendance est désormais en train de s'inverser. L'EIA relève que l'augmentation de la production de Dangote a simultanément permis au Nigeria de réduire ses importations, d'améliorer son approvisionnement domestique et de développer une activité d'exportation à destination des marchés africains et européens. Les volumes maritimes totaux de produits pétroliers en provenance du Nigeria, qui comprennent aussi bien les exportations que les expéditions entre ports nigérians, ont atteint 561 000 barils par jour au deuxième trimestre 2026, contre seulement 79 000 barils par jour en 2023.
Cette progression spectaculaire est en grande partie attribuée à la montée en puissance de la raffinerie Dangote. Avant son démarrage, les raffineries publiques nigérianes existantes expédiaient moins de 100 000 barils de produits pétroliers par jour, tant sur le marché intérieur qu'à l'international.
Une capacité portée à 700 000 barils par jour
La dynamique s'est encore accélérée après les travaux de maintenance et d'expansion achevés par la raffinerie en février 2026. Ces opérations ont porté sa capacité de distillation de pétrole brut de 650 000 à 700 000 barils par jour. Cette augmentation de capacité est intervenue dans un contexte international particulier, marqué par des contraintes sur les approvisionnements en produits pétroliers via le détroit d'Ormuz. Le Nigeria a ainsi bénéficié d'une fenêtre favorable pour accroître ses expéditions vers des marchés à la recherche de nouvelles sources d'approvisionnement. La localisation de la raffinerie sur la façade atlantique constitue également un atout stratégique. Elle lui donne un accès direct aux marchés régionaux africains ainsi qu'aux principales routes maritimes internationales.
Les marchés africains et européens dans le viseur
La transformation du Nigeria ne se limite pas à une réduction des importations. Le pays devient progressivement un fournisseur de produits raffinés pour les marchés extérieurs, notamment en Afrique et en Europe. Au deuxième trimestre 2026, les exportations nigérianes vers l'Europe ont atteint en moyenne 130 000 barils par jour, contre 40 000 barils par jour en 2025 et seulement 15 000 barils par jour en 2023. Cela représente une multiplication par près de neuf des volumes expédiés vers le marché européen en trois ans.
Les marchés africains absorbent également une part croissante de la production nigériane. Les exportations vers les autres pays du continent ont approché 120 000 barils par jour au deuxième trimestre 2026, contre 89 000 barils par jour un an plus tôt. Plusieurs pays africains, dont le Ghana, la Côte d'Ivoire, le Cameroun, le Togo et la Tanzanie, ont notamment reçu des cargaisons de produits issus de la raffinerie Dangote au cours de l'année, dans un contexte de perturbations des approvisionnements internationaux. Cette évolution renforce la perspective d'un Nigeria appelé à jouer un rôle de plus en plus important dans le commerce régional des carburants.
Les comptes extérieurs commencent à refléter le changement
La montée en puissance du raffinage national commence également à se traduire dans les comptes extérieurs du Nigeria. Selon la Banque centrale du Nigeria, Dangote a exporté pour 5,85 milliards de dollars de produits pétroliers raffinés en 2025, contribuant ainsi à soutenir l'excédent commercial du pays. Parallèlement, les importations nigérianes de produits pétroliers raffinés ont diminué de près de 29%, passant de 14,06 milliards de dollars en 2024 à 10 milliards de dollars en 2025.
Le changement est donc significatif : une partie des devises qui servait auparavant à financer l'achat de carburants raffinés à l'étranger peut désormais être économisée, tandis que les exportations de produits transformés génèrent de nouvelles recettes en devises. Le potentiel de transformation du Nigeria pourrait par ailleurs s'accroître davantage au cours des prochaines années. Le groupe Dangote prévoit, selon l'EIA, d'ajouter une unité de distillation de pétrole brut d'une capacité de 750 000 barils par jour d'ici 2028. Si cette extension est menée à bien, elle augmenterait considérablement les capacités de traitement du complexe et pourrait renforcer encore davantage la position du Nigeria sur le marché international des produits pétroliers raffinés.
L'enjeu dépasse alors la seule autosuffisance nationale. Avec une capacité de production et une position géographique favorables, Dangote pourrait progressivement transformer le Nigeria en plaque tournante régionale du commerce des carburants, capable d'alimenter aussi bien son immense marché intérieur que les marchés d'Afrique de l'Ouest, du reste du continent et, dans une certaine mesure, l'Europe.
Publié le 26/08/26 09:47
Narcisse Angan
SN
CEMAC