L'Autorité de l'aviation civile du Nigeria (NCAA) examine actuellement le processus de certification de l'avion chinois C919, pour les compagnies aériennes du pays. C'est l'information livrée à Reuters, par le capitaine Chris Ona Najomo, directeur général de NCAA, en marge de l'assemblée de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) à Montréal au Canada.
Le constructeur chinois COMAC (Commercial aircraft corporation of china) multiplie depuis plusieurs mois les discussions avec Abuja pour introduire son modèle vedette en Afrique. L'avion sera d'ailleurs présenté lors du premier salon aéronautique international du Nigeria prévu en décembre prochain, selon les organisateurs.
Avec ses 230 millions d'habitants, le Nigeria constitue le plus grand marché potentiel de l'aviation en Afrique. Le secteur y connaît une croissance soutenue, portée par une amélioration de la conformité réglementaire. L'adhésion renforcée du pays à la convention du Cap, qui facilite la location d'équipements aéronautiques, a contribué à rassurer les bailleurs et à améliorer l'accès des compagnies locales à des avions plus modernes via le leasing (location avec option d'achat).
Aujourd'hui, ce sont 13 compagnies aériennes nigérianes exploitent déjà des flottes récentes grâce à ce mécanisme. La baisse progressive du coût des billets illustre également cette dynamique. Selon l'Association internationale du transport aérien (IATA), le tarif aérien réel moyen a chuté de 43,6% entre 2011 et 2023.
Un enjeu stratégique pour Abuja et Pékin
Pour le Nigeria, certifier le C919 pourrait diversifier les fournisseurs d'avions face au quasi-monopole Airbus-Boeing ; réduire les coûts d'acquisition et d'exploitation des compagnies locales ; et également renforcer sa coopération économique et technologique avec la Chine. Pour Pékin, il s'agit d'un test grandeur nature. Si le C919 réussit à percer sur le marché nigérian, il pourrait gagner en crédibilité en Afrique et, à terme, dans d'autres régions émergentes.
COMAC : ambitions et obstacles
Le C919 a été conçu pour concurrencer les duopoles Airbus et Boeing. Mais la stratégie d'expansion de COMAC est encore entravée par plusieurs défis. Il s'agit de l'absence de certification occidentale : ni l'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) ni la Federal Aviation Administration (FAA) n'ont validé le C919, ce qui limite son déploiement international. Il y a aussi les pressions géopolitiques : en 2025, Washington a temporairement suspendu les exportations des moteurs CFM (coproduits par General Electric et Safran), qui équipent le C919, en raison des tensions commerciales sino-américaines.
L'éventuelle certification du C919 par le Nigeria constituerait une étape symbolique et stratégique dans la bataille mondiale que mène la Chine pour s'imposer dans l'aéronautique civile. Entre les ambitions de COMAC, les besoins croissants du marché nigérian et les rivalités géopolitiques, l'issue de ce processus sera scrutée de près par les industriels et les régulateurs. Si Abuja franchit le pas, le Nigeria pourrait devenir la tête de pont africaine du C919, offrant à COMAC un levier décisif pour contester la domination de Boeing et d'Airbus sur le continent.
Publié le 30/09/25 11:06
Narcisse Angan
SN
CEMAC