Face à une démographie dynamique et à un marché du travail sous pression, la Côte d'Ivoire cherche à accélérer sa transformation économique. À Washington, lors des réunions de printemps de la Banque mondiale et du FMI, le ministre des Mines, du Pétrole et de l'Énergie, Mamadou Sangafowa Coulibaly, a défendu une approche concrète de l'industrialisation, centrée sur quelques leviers jugés déterminants, lors d'un panel sur la transformation économique de Afrique ce 17 avril.
Au-delà des échanges, l'enjeu est clairement posé : comment passer d'une croissance encore largement tirée par les matières premières à une économie capable de créer des emplois durables à grande échelle.
Industrialiser, oui, mais lever d'abord les blocages
Le diagnostic partagé lors du panel était sans ambiguïté. L'industrialisation reste le principal moteur de création d'emplois en Afrique, mais elle progresse lentement, freinée par des contraintes bien identifiées.
Parmi elles, l'accès à une énergie fiable et abordable s'impose comme le principal point de blocage. À cela s'ajoutent des cadres réglementaires encore perfectibles et un manque de coordination économique entre pays africains, qui limite l'émergence de véritables chaînes de valeur régionales.
Dans ce contexte, le débat ne porte plus tant sur les priorités que sur leur mise en œuvre. Les États sont désormais attendus sur leur capacité à exécuter rapidement des réformes et à créer des conditions concrètes pour l'investissement.
C'est précisément sur ce point que la stratégie ivoirienne se veut structurée. Pour Mamadou Sangafowa Coulibaly, l'industrialisation ne peut être décrétée : elle se construit. Cela passe d'abord, en suivant la démarche empruntée par la Côte d'Ivoire depuis 2011, par la stabilité politique et macroéconomique, des investissements soutenus dans les infrastructures économiques, notamment les routes, ports et l'énergie, et des réformes destinées à rendre l'environnement des affaires plus attractif et lisible.
Le secteur électrique est emblématique de cette approche. Abidjan, a expliqué le ministre, a multiplié par trois sa production électrique au cours des quinze dernières années, et projette faire de même dur les quinze prochaines années. Ce, avec comme vision de garantir une énergie disponible et compétitive, condition indispensable pour attirer des activités industrielles.
Gagner du temps sur l'emploi : le rôle d'amortisseur du secteur minier
Mais cette transformation structurelle s'inscrit dans le temps relativement long, tout comme les effets qui en sont attendus. Or, la croissance démographique et la pression sur l'emploi est immédiate. C'est dans cet intervalle que le ministre ivoirien introduit un levier complémentaire : le secteur minier.
Sans se substituer à l'industrialisation, celui-ci peut en accompagner la montée en puissance. L'activité minière, qu'elle soit artisanale ou industrielle, génère en effet un volume significatif d'emplois, directs mais surtout indirects, à travers les services qui gravitent autour des sites d'exploitation.
Transport, maintenance, sous-traitance, services locaux : ces activités, souvent portées par des exigences de contenu local, créent un tissu économique élargi et durable. À ce titre, le secteur extractif apparaît comme un amortisseur social, capable de répondre plus rapidement aux besoins d'emplois.
Former, connecter : les conditions pour changer d'échelle
Reste que cette dynamique ne peut s'inscrire dans la durée sans deux leviers clés. Le premier est le capital humain. À mesure que les économies se complexifient, la disponibilité de compétences adaptées devient un facteur décisif dans le choix des investisseurs.
Le second concerne l'intégration régionale. Des marchés fragmentés limitent les économies d'échelle et réduisent l'attractivité industrielle. Pour Abidjan, l'enjeu est donc aussi de s'inscrire dans des logiques régionales, en consolidant sa position de pôle économique en Afrique de l'Ouest.
Au final, la vision portée par Mamadou Sangafowa Coulibaly s'éloigne des approches linéaires. Elle repose sur une articulation entre temps court et temps long : activer des leviers immédiats pour l'emploi, tout en construisant les bases d'une industrialisation plus profonde.
Publié le 22/04/26 10:13
Jean Mermoz Konandi
SN
CEMAC