Le Nigeria retrouve des couleurs sur le front monétaire. En effet, les réserves extérieures du pays ont atteint 51,04 milliards de dollars, soit 28 334,5 milliards FCFA au 18 juin, selon les données publiées par la Banque centrale du Nigeria (CBN). Un niveau le plus élevé depuis le 20 janvier 2009, soit près de 17 ans, où elles avaient culminé à environ 51,07 milliards de dollars, marquant une étape symbolique dans le redressement économique engagé par le pays le plus peuplé du continent.
Cette progression témoigne du regain de confiance des investisseurs, de l'amélioration des conditions sur le marché des changes et des effets positifs des réformes économiques engagées ces dernières années. Les réserves de change sont des actifs en devises étrangères et en or détenus par les banques centrales. Elles servent principalement à garantir la liquidité internationale d'un pays, à soutenir sa monnaie sur le marché des changes et à financer ses importations en cas de besoin.
Le rythme de croissance des réserves de change s'est nettement accéléré depuis le début du mois de juin. Les chiffres de la CBN montrent qu'elles s'établissaient à 49,8 milliards de dollars au 1er juin, avant de franchir le seuil psychologique des 50 milliards de dollars dès le 5 juin, avec 50,12 milliards de dollars. La dynamique s'est ensuite poursuivie : 50,81 milliards de dollars le 15 juin, puis 51,04 milliards de dollars seulement trois jours plus tard. Au total, le Nigeria a enregistré un gain de plus de 1,2 milliard de dollars sur les 18 premiers jours du mois, soit une progression d'environ 2%.
Cette performance prolonge une tendance déjà observée en mai 2026, au cours duquel les réserves avaient augmenté d'environ 1,22 milliard de dollars, confirmant une phase de reconstitution progressive des actifs extérieurs du pays.
Les entrées de devises dopent les réserves
Cette embellie s'explique principalement par une hausse des entrées de devises étrangères. Les analystes évoquent notamment une amélioration de la liquidité sur le marché des changes, un regain d'intérêt des investisseurs internationaux et les effets des réformes engagées par les autorités monétaires pour rendre le marché plus transparent et plus attractif.
Les investissements de portefeuille ont notamment contribué à renforcer les réserves, tandis que la stabilisation progressive du marché des changes a favorisé une meilleure circulation des devises. Pour le gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, Olayemi Cardoso, ce niveau de réserves constitue un atout majeur pour l'économie. ‘'Ce solide coussin de sécurité continue de renforcer la confiance des investisseurs dans l'économie nigériane et de soutenir la stabilité du taux de change'', a-t-il déclaré.
Un signal fort pour le naira et les investisseurs
L'amélioration des réserves de change intervient dans un contexte où le Nigeria cherche à restaurer la stabilité du naira, la monnaie locale, après plusieurs années de fortes pressions. Des réserves plus importantes offrent à la Banque centrale une plus grande marge de manœuvre pour intervenir sur le marché des changes en cas de tensions et rassurent les investisseurs sur la capacité du pays à honorer ses engagements extérieurs. Pour de nombreux économistes, cette évolution constitue un signal positif quant à l'efficacité des réformes engagées par les autorités.
Le directeur général du Centre pour la promotion de l'entreprise privée (CPPE), Muda Yusuf, estime que cette performance montre que les ajustements économiques commencent à produire leurs effets. Selon lui, la progression des réserves constitue un indicateur encourageant, mais elle ne doit pas masquer la nécessité pour le pays de diversifier davantage ses sources de revenus en devises.
En fait, si les réserves atteignent aujourd'hui un niveau historique, plusieurs experts rappellent que leur durabilité dépendra de la capacité du Nigeria à élargir ses sources de recettes extérieures. Le pays reste fortement tributaire du pétrole, dont les fluctuations des prix influencent directement ses revenus en devises. Muda Yusuf appelle ainsi à renforcer les exportations non pétrolières, à accroître les investissements directs étrangers et à développer davantage les secteurs industriels et agricoles. L'objectif est de réduire la dépendance aux capitaux volatils et construire une économie plus résiliente face aux chocs extérieurs.
Alors que le Nigeria cherche à consolider sa croissance et à attirer davantage d'investissements, cette performance pourrait marquer le début d'un nouveau cycle économique, fondé sur une plus grande stabilité financière et une meilleure résilience face aux turbulences des marchés internationaux.
Publié le 20/06/26 14:10
Narcisse Angan
SN
CEMAC