Face à l'escalade des tensions dans le détroit d'Ormuz, zone de transit de plus de 60 % de ses importations de brut, la Corée du Sud active un plan de contingence inédit. Séoul a officiellement intégré le Gabon dans son cercle restreint de 17 partenaires stratégiques capables de fournir des volumes de substitution immédiats. Ce dispositif d'urgence vise à sécuriser 110 millions de barils pour les mois d'avril et mai 2026, positionnant l'or noir gabonais comme un rempart contre une rupture de stock qui paralyserait l'industrie lourde sud-coréenne.
Cette sollicitation de haut niveau intervient dans un contexte de relations commerciales déjà solides entre les deux nations. La Corée du Sud s'impose en effet comme un partenaire de premier plan pour Libreville, occupant la deuxième place des principaux fournisseurs du pays. Avec une part de 12 % du total des biens importés, Séoul surpasse désormais des géants comme la Chine (11 %) ou les États-Unis (7 %), restant uniquement devancée par l'Europe qui concentre 25 % des parts de marché.
L'intérêt de Séoul pour le brut gabonais ne relève pas seulement du volume, mais de la sécurité logistique. Contrairement aux cargaisons en provenance du Golfe Arabo-Persique, les exportations partant des terminaux de Port-Gentil ou de Gamba empruntent la route de l'Atlantique, totalement déconnectée des risques de blocage militaire actuels. Pour le Gabon, cette opportunité permet de maximiser ses recettes d'exportation dans un cycle de prix élevés, tout en consolidant son influence sur le marché asiatique, traditionnellement dominé par ses concurrents du Moyen-Orient.
Au-delà de la réponse à l'urgence, ce pivot énergétique pourrait redéfinir durablement la balance commerciale bilatérale. En s'appuyant sur sa position de fournisseur industriel majeur (machines, équipements de transport, technologies), la Corée du Sud sécurise par cet accord son approvisionnement énergétique à long terme. Cette interdépendance accrue entre la puissance technologique asiatique et le producteur pétrolier africain dessine les contours d'un axe économique Sud-Sud robuste, capable de résister aux chocs géopolitiques mondiaux.
Idrissa Diakité
Publié le 07/04/26 09:28
La Rédaction
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