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Portées par l'IA, les exportations chinoises s'envolent malgré une économie sous tension

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Boostée par l'essor de l'intelligence artificielle, la machine exportatrice chinoise tourne à plein régime, mais son moteur interne donne de sérieux signes d'essoufflement. C'est le constat paradoxal qui ressort des derniers chiffres du commerce extérieur de la deuxième économie mondiale, publiés par l'agence Reuters.

Les exportations de l'empire du Milieu, portées par une envolée remarquable de 27% sur un an en juin, ont largement dépassé les attentes des analystes. Ce dynamisme exceptionnel s'appuie en grande partie sur l'explosion de la demande mondiale pour les puces électroniques destinées à l'IA. Par ailleurs, cette tendance est soutenue par l'insolente santé des ventes de véhicules à l'international. Ces dernières ont franchi pour la première fois la barre symbolique du million d'unités exportées en un mois.

Derrière cette vitrine étincelante se cache pourtant une réalité économique beaucoup plus fragile. Le premier enseignement réside dans le décalage saisissant entre la vigueur de la demande extérieure et la faiblesse persistante du marché intérieur. La crise de l'immobilier, qui s'éternise depuis plusieurs années, continue de paralyser la confiance des ménages chinois et de brider la consommation locale. Les ventes au détail stagnent et l'investissement en actifs fixes s'enfonce en territoire négatif. Même la progression apparente des importations de 36% ne peut être interprétée comme un réveil de la demande intérieure. Elle traduit en réalité l'appétit vorace des usines chinoises pour les composants technologiques de pointe.

C'est notamment le cas pour les achats massifs de semi-conducteurs en provenance de Corée du Sud et de Taïwan. Ces composants sont indispensables pour assembler les produits technologiques qui seront ensuite réexportés vers le reste du monde. Cette situation pousse la Chine vers une dépendance historique et risquée vis-à-vis des acheteurs étrangers.

Le deuxième point clé concerne le poids critique que représentent désormais les exportations dans l'appareil productif national. Le ratio des exportations annuelles par rapport aux ventes manufacturières totales a grimpé à un niveau sans précédent de 24% au cours des quatre premiers mois de l'année. C'est le taux le plus élevé enregistré par le pays depuis son adhésion à l'Organisation mondiale du commerce en 2001. Pour une économie de 20 000 milliards USD, une telle exposition aux fluctuations extérieures constitue une anomalie et un défi structurel majeur. Cela illustre par ailleurs l'incapacité de Pékin à réorienter son modèle de croissance vers la consommation intérieure.

Le troisième aspect de cette conjoncture concerne les risques de surchauffe commerciale et l'essoufflement de la croissance. En inondant le globe de produits à bas coûts pour compenser ses défaillances internes, la Chine pourrait s'exposer à des tensions protectionnistes accrues avec ses principaux partenaires, notamment l'UE et les États-Unis. De plus, cette stratégie d'exportation à outrance montre ses limites sur le plan de la croissance globale. La technologie et l'automobile ne peuvent pas porter indéfiniment l'ensemble de l'édifice économique chinois.
Le PIB du pays devrait ainsi accuser un ralentissement à 4,5% au deuxième trimestre, contre 5% au premier. Cette baisse confirme que le secteur manufacturier de pointe ne suffit pas à compenser la léthargie du reste de l'économie.

Pour l'Afrique, cette trajectoire chinoise comporte des enjeux stratégiques de premier ordre. Le premier impact direct concerne le marché des matières premières. Pour protéger ses industriels de la volatilité des coûts énergétiques, la Chine réduit ses achats de pétrole et de gaz naturel au profit du charbon et de ses stocks nationaux. Ce recul du premier importateur mondial de brut risque de faire s'effriter les recettes des pays africains producteurs. Par ailleurs, face aux barrières douanières occidentales sur les technologies chinoises, Pékin va chercher à diversifier ses débouchés. Le continent africain pourrait alors devenir une destination privilégiée pour l'excédent de la production chinoise. Si cette situation offre l'opportunité d'accéder à des biens technologiques et de transition énergétique à des tarifs très compétitifs, elle fait également peser une menace de concurrence directe sur les ambitions d'industrialisation et de transformation locale de l'Afrique.

Anselme Akéko

Publié le 15/07/26 15:15

La Rédaction

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