À monnaie commune, trajectoires opposées. Alors que les deux unions partagent le franc CFA arrimé à l'euro, la divergence macroéconomique entre la CEMAC et l'UEMOA s'est nettement accentuée depuis 2023. Croissance, inflation, finances publiques et résultats sociaux dessinent désormais deux modèles économiques antagonistes, selon les dernières analyses consolidées de la Banque mondiale et des banques centrales régionales.
En 2025, la croissance moyenne de la CEMAC est attendue à 2,8 %, contre environ 6 % pour l'UEMOA. L'écart n'est pas que conjoncturel, il est surtout structurel. L'UEMOA s'appuie sur une dynamique portée par l'agriculture, les services, l'investissement privé et l'intégration commerciale régionale. À l'inverse, la CEMAC reste fortement dépendante des hydrocarbures, avec des économies exposées à la volatilité des prix du pétrole et au déclin progressif de champs matures, notamment au Gabon et en Guinée équatoriale.
La fracture est encore plus nette en termes de croissance par habitant. En CEMAC, celle-ci ne dépasse pas 0,2 % en 2025, quand l'UEMOA affiche environ 3,5 %. Côté inflation, la CEMAC en affiche une plus contenue sur le papier. En mars 2025, l'inflation moyenne atteignait 3,9 %, contre environ 3 % en UEMOA, proche du critère de convergence. Mais la faible inflation en CEMAC repose largement sur des prix administrés (carburants, énergie) et une demande intérieure contrainte, davantage que sur des gains de productivité.
À l'inverse, l'inflation modérée en UEMOA accompagne une croissance plus robuste, tirée par l'investissement et la consommation. La divergence est également visible sur le front budgétaire. Après une parenthèse favorable liée au pic pétrolier, la CEMAC est redevenue déficitaire en 2024. Le déficit budgétaire ressort à 1,3% du PIB en 2025. Le ratio dépenses publiques/PIB avoisine 20,2 %, tandis que les recettes plafonnent autour de 18,8 % du PIB, soulignant un déséquilibre persistant.
L'UEMOA a mieux absorbé le retournement du cycle international, grâce à une base fiscale plus large et une moindre dépendance aux matières premières. Les déficits y sont contenus malgré des besoins d'investissement élevés, et surtout la trajectoire budgétaire apparaît plus soutenable à moyen terme. Le marché du travail confirme aussi cette fracture. Plus de 65 % des emplois en CEMAC sont informels, avec un chômage moyen proche de 9 %, soit plus de quatre fois le niveau observé en UEMOA. A noter toutefois que la balance commerciale est favorable à la zone CEMAC à 6,5 % du PIB, la région étant structurellement excédentaire grâce aux exportations de pétrole et de minerais notamment.
Idrissa Diakité
Publié le 06/02/26 10:05
La Rédaction
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