Le ministre de l'Agriculture et du Développement rural, Pr Emmanuel Mbetid-Bessane, s'est rendu une nouvelle fois sur le site de CentraPalm, moins de dix jours après une précédente visite. Il était accompagné du gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, du directeur général de SAGINCO, société d'investissement et de gestion, ainsi que d'une délégation d'Afreximbank.
Le ministère indique que cette visite a permis " d'évaluer de nouveau les installations et les plantations, mais surtout d'échanger sur les conditions d'une reprise des activités et la valorisation du potentiel CentraPalm ". Les discussions portent notamment sur " la réhabilitation du site, la relance de la production et de la transformation et la création de nouvelles opportunités pour les populations locales ".
Un comité de travail doit désormais préciser " les étapes, les moyens et les engagements des différentes parties " afin de faire de la relance de CentraPalm une réalité au service de l'économie et des communautés de Bossongo. À ce stade, aucun montant d'investissement n'a été communiqué. La forme que pourrait prendre l'intervention d'Afreximbank et de SAGINCO — financement, investissement, partenariat industriel ou montage combinant plusieurs instruments — reste également à déterminer.
L'enjeu est important pour une filière qui disposait autrefois d'une véritable base industrielle. L'histoire de CentraPalm remonte aux années 1970. Le complexe de Bossongo, situé dans la commune de Pissa, à environ 45 km de Bangui sur l'axe Bangui-Mbaïki, avait été conçu autour d'une plantation et d'une huilerie. Sa concession historique couvre 2 516 hectares, dont environ 1 100 hectares étaient encore considérés comme productifs il y a quelques années.
L'usine produisait principalement de l'huile de palme brute, mais également de l'huile de palmiste. Une partie de cette production était destinée à l'industrie locale du savon, notamment à HUSACA et SAVEX, qui absorbaient historiquement une part importante des volumes produits par CentraPalm. La société occupait ainsi une place à la fois dans l'agriculture, la transformation agro-industrielle et l'approvisionnement du marché intérieur.
Cette chaîne s'est progressivement délitée sous l'effet du vieillissement des plantations, de la dégradation des équipements et des difficultés de gestion. La production d'huile de palme, qui atteignait encore 2 525 tonnes en 2006, est tombée à seulement 23 tonnes en 2009. En 2019, elle ne s'élevait plus qu'à 156 tonnes, selon des données citées dans des travaux de l'Organisation mondiale du commerce.
Cette faiblesse de l'offre locale contraste aujourd'hui avec les besoins du marché centrafricain. Les données commerciales de la Banque mondiale et d'UN Comtrade font état de 11 081 tonnes d'huile de palme et de produits associés importées par la RCA en 2024, pour une valeur cumulée d'environ 5,1 millions de dollars. Ces importations comprenaient notamment 6 990 tonnes d'huiles de palme et fractions non brutes ainsi que 4 090 tonnes d'huile de palme brute.
Ce déficit d'offre constitue précisément l'un des principaux arguments économiques en faveur d'une relance de CentraPalm. La remise en état de l'huilerie, à elle seule, ne permettrait toutefois pas de restaurer durablement la production.
L'outil industriel doit pouvoir être alimenté par une production agricole suffisante. Le renouvellement des palmiers vieillissants, la réhabilitation des équipements, l'organisation de la collecte des régimes, l'amélioration des infrastructures et l'accès au financement devront donc être traités comme les différentes composantes d'un même projet.
La question du financement et du modèle économique sera d'autant plus déterminante que la relance de CentraPalm n'est pas une première tentative. La privatisation de l'entreprise figurait déjà parmi les réformes engagées dans les années 1990, mais plusieurs opérations de cession ont échoué.
Les autorités avaient alors envisagé plusieurs schémas, dont une cession ou une joint-venture accordant 51 % du capital à un investisseur stratégique, 15 % à l'État et 34 % à des investisseurs privés centrafricains. Un autre scénario prévoyait un affermage avec 34 % du capital pour l'État.
Claude Paul Tjeg
Publié le 06/10/26 16:08
La Rédaction
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